jeudi 22 octobre 2009

Inceste


Un sursaut qui me fait reprendre le stylo pour éviter un nouvel assoupissement. Il fait encore nuit dehors et le stress de cette journée à venir me fait redouter le temps qui traîne.  

 
C’était le matin, surtout, pendant qu’ils dormaient encore.
C’était la nuit, parfois, après s’être assurée de leur endormissement.
C’était pendant leur absence, tout le temps, à chaque fois.
 
Je ne me souviens pas de mon âge mais ai gardé en mémoire le sien, à cette époque. Un âge approximatif. On finit par oublier ce qu’on refoule.
Le plus souvent, le matin et la nuit surtout, cela se passait dans ma chambre. Notre chambre, pour être plus juste. On fermait la porte, prenions le chien qui dormait à mes pieds, dans le lit du bas. La pièce n’était pas grande, juste assez de place pour un lit, que l’on avait superposé sur un autre, un bureau qui n’était pas le mien et un meuble à télé, dans lequel était la chaîne hifi, qui n’était pas la mienne. Moi, j’avais un petit poste radio que je cachais sous mon oreiller et que j’écoutais avec un casque pour m’endormir.
Vanda devait avoir quinze ans, peut être moins, en fait. Moi six de moins et nous jouions. Nous jouions aux jeux de rôles. Vanda était sur le lit du haut, les parents me pensaient trop jeune pour arriver seule à monter et descendre de l’échelle, surtout la nuit, parce que je portais des lunettes que j’enlevais pour aller me coucher. L’appartement n’était pas grand, nous partagions donc la chambre du fond, celle qui donnait sur le balcon. Je me souviens que nous la décorions, Vanda et moi, de toutes les façons possibles en fonction des périodes de l’année. C’était des fantômes et des sorcières pour l’automne, des guirlandes au plafond l’hiver, des cloches pour le printemps et des poissons multicolores renchéris de peluches sur des étagères l’été. Sans oublier les posters des chanteurs préférés de Vanda et ceux de chevaux sur mon mur. Oui, sur mon mur, parce que çà aussi nous devions nous le partager. Un mur était à Vanda, le plus grand, celui contre lequel était le bureau, et l’autre était à moi, celui contre lequel reposaient les lits, en face de la porte d’entrée. Le troisième mur était un placard mural sur toute sa longueur et le dernier n’était que les hautes et larges fenêtres qui menaient au balcon. C’était la pièce la plus chauffée de l’appartement et le matin, j’aimais monter sur le lit de Vanda, ayant pris soin auparavant d’ouvrir les volets, pour regarder le lever du soleil. Je montais le chien avec moi et m’asseyais au bord de l’échelle pour ne pas risquer qu’il ne tombe.
Mon autre sœur, notre aînée, suivait alors une formation de toiletteur canin à Mulhouse. Je me rappelle ce jour où, avec mon père, je l’avais accompagné à la gare. C’était la première fois que je voyais des trains d’aussi près. Quand le sien se mit à démarrer, j’ai eu comme une perte d’équilibre en croyant que c’était moi qui bougeais sur le quai !
A la maison, nous n’étions donc plus que quatre, Vanda, mes deux parents et moi.
 
Vanda était belle, tout le monde le disait. Moi j’étais, à comparer, comme le vilain petit canard qui n’excellait que par sa capacité de mémorisation.
Comme je l’ai dit plus haut, Vanda et moi jouions. Elle restait sur son lit et me donnait les consignes, les règles du jeu. Moi j’attendais en bas, en l’écoutant, pour que ce que je fasse lui convienne. Elle me disait de me mettre dans la peau d’un serveur, d’un passant inconnu, d’un routier, parfois même dans celle d’un violeur. Je devais alors inventer tout un scénario, auquel elle me donnait à coup sur la réplique. Je devais parvenir à un parfait jeu de séduction. Je devais, de mon envergure de petite fille, draguer ma sœur, bonnement et simplement. Une fois parvenue à la « séduire » en lui disant des mots dont j’ignorais le sens, elle prenait le pouvoir, me permettait de monter, moi l’homme que j’étais en ces instants, sur son lit. Et alors, elle me demandait de commencer par la déshabiller, puis de la caresser, tout en continuant mon jeu d’actrice. Mes mains innocentes parcouraient sa nuque, ses seins qui n’étaient pas encore formés, mais elle jamais ne me touchait. Je m’allongeais sur elle, nue mon tour, selon ses consignes. Il arrivait qu’elle me demande d’embrasser son pubis tout nouvellement pourvu d’un duvet de poils. Et moi, je faisais tout, innocemment, croyant ce jeu tout autant innocent que l’était encore mon âme, ne pouvant soupçonner l’interdit de ces pratiques, ignorant tout des corps.
Je jouais, comme avec une poupée, j’inventais une histoire que l’on m’avait suggérée et je touchais le sexe de ma sœur comme j’aurais pris sa main.
 
Une fois, mon père au travail, ma mère regardait la télévision au salon, ma sœur ferma la porte du couloir puis celle de notre chambre, ayant dit à ma mère que nos allions faire une sieste. On ferma les volets et le jeu recommença. Je rigolais à tue-tête, nue contre le corps nu de ma sœur. Je ne sais si ce fût mon rire qui attira l’attention de ma mère mais elle entra dans la chambre sans frapper et nous surpris, moi sur Vanda, dans le plus simple appareil, moi tout sourire, Vanda la peur sur le visage.
Ma mère nous sépara en nous traitant de folles, nous disant que nous n’étions pas bien, avec un air outré, presque vexé. Je redescendais dans mon lit, ma mère quitta la chambre en colère en laissant cette fois-ci les deux portes ouvertes. J’entendais Vanda pleurer sans rien comprendre à ce qu’il se passait.
Quel mal y avait-il à jouer ?
 
Après cet épisode, nous rejouions uniquement pendant l’absence de nos parents, lorsque nous étions seules, comme pour nous occuper, ou uniquement encore par habitude. Mais le corps de Vanda changeait à vue d’œil et il était des fois où, quand je lui demandais de jouer, elle rejetait ma demande. Et ce jeu me manquait.
Je cherchais quel plaisir Vanda pouvait avoir à faire des choses qu’on nous interdisait de faire. C’est là que je commençai l’exploration de mon propre corps. Mes mains allèrent dans chaque recoin inconnu jusqu’alors, se parcouraient elles-mêmes et finirent par découvrir le plaisir qu’elles pouvaient me donner.
Vanda eu ses premières menstruations à l’âge de seize ans. Petit à petit, le jeu s’estompait et se faisait de plus en plus rare, jusqu’à finir par devenir inexistant. Vanda avait grandit, son corps s’était transformé et les nouvelles formes qu’il laissait deviner me donnaient encore davantage envie de jouer.
 
Plus tard, j’eu de gros maux de ventre et je me revois empiler des oreillers sous mon ventre, tête appuyée contre le matelas. C’était le seul moyen que j’avais trouvé pour atténuer un peu mes douleurs. Je profitais de ces moments pour poser un oreiller, ou parfois même une peluche, juste là, entre mes jambes, que je serrais alors, comme si mon sexe aussi avait eu mal.
Un jour que nous étions seules, Vanda dans la chambre, moi au salon, je ressenti ma première véritable humiliation. J’étais là, allongée sur le canapé, frottant mon sexe comme dans un mouvement de masturbation infantile et ma sœur m’a surpris, là, en train de faire ce que j’étais en train de faire. Elle me traita de dégueulasse, elle qui une année avant à peine me faisait la toucher sans jamais répondre au désir d’inversion des rôles que je réclamais de plus en plus souvent.
 
Aujourd’hui je ne sais si j’invente ou non cette histoire, à force de vouloir l’oublier je doute de sa réelle existence. Je me rappelle m’être servi de cette « histoire », une fois compris tout le mal qu’elle représentait, pour faire pression sur cette sœur.
Depuis ce jour, ce jour où Vanda m’inculqua malgré elle le mal qu’il y avait à se faire du bien, elle et moi avons fait comme si rien de tout cela ne s’était jamais passé.
Aujourd’hui je me demande en quoi cet épisode incestueux de ma vie peut jouer un rôle sur mes idées et mes peurs associées et incomprises. Du jour où j’ai compris, bien des années plus tard, de quoi il ressortissait de ces pratiques, je n’ai plus jamais joué mais ai continué sans plus m’arrêter cette exploration de mon corps que je voyais se muter en parfaite arme. Je continuais ce mouvement de moi à moi dans la honte, suivant, une fois ma chambre personnelle acquise, les habitudes instituées par Vanda. Je me suis détesté longtemps, pour aimer tant une chose que l’une de mes sœurs vilement, m’avait instruit. Je ne me souviens pas en avoir souffert le temps de son approbation, je me souviens avoir souffert de mon incompréhension et de ma dépossession. Ce de quoi je souffre aujourd’hui est la méconnaissance du regard que je me devrais de poser sur ma sœur. Je souffre sans véritable mal, sans lui en vouloir de quoi que ce soit, sans lui en tenir une quelconque rigueur. Le pire, ou le mieux, est que je ne ressens aucun remord, aucune rancœur, juste une complicité à taire que je partage avec elle, une complicité contraire à la dite vertu humaine…

mardi 20 octobre 2009

Il est des rives

Il est des rives que l’on ne parvient à voir les paupières closes,
Et d’autres qui se laissent toucher d’un doigt mort.
Il est des feuilles qui tombent et jamais ne se posent,
Comme le ferait l’excellence au soupir d’un remord.
Existe-t-il autre part d’autres manières de dire les choses ?
Je m’essaie ici à un genre dont l’ignorance caractérise mes mots.
Et eux-mêmes, que sont-ils ?
Si ce n’est qu’un imparfait assemblage de signes s’alignant à l’insignifiance ?
Il est de ces mots qui dépeignent des lieux et de ces lieux où il fait bon de naître.
Dis-moi pourquoi, quand je ferme les yeux, aucun de ces lieux ne m’incite plus à être ?

samedi 5 septembre 2009

Education de Femme

Ce n’est pas à force d’un trop plein de lectures en tous genres à condenser mais d’un trop lourd poids de mots à porter que je raye ces pages. Voyez-les comme  une terre d’exil où nulle fleur de bien ou de malheur ne vient après rosée pâlir un ciel déjà sans forme.
Il est à vrai dire peu de choses à raconter mais bien des points de vue à aborder, à saborder parfois. Qu’importe alors que je mêle le factice au réel, tout sans exception m’aura avant dure réflexion traversé l’esprit ne serait-ce qu’une seconde. D’autres de ces approches seront une lutte interminable contre des contradictions semblant nous être innées, à nous femmes et hommes, à force de ressassements et de bourrages de crâne tout aussi acharnés. A la vue de ce qu’il me reste à entreprendre j’ai la légitime envie de ne faire que m’arrêter là, vous laissant ainsi que moi dans l’insatisfaction d’une toute insoupçonnée tromperie. Je ressentirais alors la jouissance d’un pied qui écrase de toute la lourdeur de son pas la coquille si frêle de l’escargot de campagne venu se perdre sur la basse chaussée d’un trottoir parisien. Ma conscience me tiraillerait comme l’infâme tiraille les ventres vides des mendiants mourrant au bord des berges. Je pourrais m’arrêter là, tout juste après avoir commencé ce récit que je souhaite être lu en tant que lettre, et me dire qu’étaler sa dite intelligence sur papier relève d’un pur élan d’égocentrisme mal contenu. Ce serait la tête pleine de ce vide qui vous laisse ébahit devant une nuit sans couleur que je resterais, assise à même le sol, attendant, sans avoir d’autres choix, que le jour se lève enfin sur le gris de la ville qui sommeille encore.
Pousser un cri qui ressemble à un râle d’animal que l’on bat pour avoir voler les restes du repas de la veille, se frotter alors les yeux avec ses poings fermés au cas où vandale tenterait une rencontre mal convenue, achever finalement sa prise de conscience dans un bâillement qui rappellerait à l’aveugle le son de l’air dans les conduits d’aération. Je pourrais, l’évidence du pouvoir de l’auteur s’inscrit ici dans toute sa versatile splendeur. Vous seriez vexés et moi dans le manque de me raconter moi-même. Je ne dis pas qu’il est bénéfique de s’exposer sans pudeur ni tabous devant un public mené uniquement par une sorte de curiosité malsaine, mais il est parfois bon de mettre à jour certaines vérités et suppositions qui pourraient, en nuisant à un sexe, servir d’abécédaire à l’autre. J’engage mes paroles à n’être que simples et banales observations et relèves des topos concernant l’individu en tant que sexes, différenciés dans leurs rapports selon qu’ils soient nés mâles ou femelles, femmes et mères, hommes et pères. Aucune attaque ni insulte détournée dans ce qui va suivre, un quelconque abandon de la pensée au service de la pédagogie, sorte de divan sans observateur autre que le papier. Une parcelle de vie qui s’étale par endroits sans savoir réellement le pourquoi de son action, peut-être un besoin de comprendre l’environnement qui l’entoure, les êtres qui le composent, les contradictions qui ne cessent de se faire face et qui parviennent à nous faire chuter du nuage que l’on nomme illusion. Ceci n’est pas un conte pour enfant, juste une histoire à dormir debout tant elle n’est autre que la peinture des êtres que nous sommes. Phrase après phrase je deviendrai la bête noire de la gent masculine et pour ces dames le marionnettiste qui s’amuse à couper les fils de sa poupée dans le seul but de prendre plaisir à la voir se rétamer, humiliée, sur la scène. 
 

dimanche 2 août 2009

Résidu intime


Parce qu’aux yeux de tous
Sa pupille anonyme
Défiait le temps comme le vieillard la mort
Il était le résidu intime
D’une rencontre malheureuse
Où oreilles et lèvres fines
S’étreignirent sans un souffle.
Ni vie, ni jouissance
Juste un cri après moult fractures
Erreur d’un jour
Où l’homme confondit
Un sourire avec la nuit.

jeudi 16 juillet 2009

Prise de parole de l'égo d'un sexe

Voilà déjà deux fois que j’efface mes mots tant ils ne veulent rien dire, ou disent si mal qu’ils m’obligent à me contenter d’une parcelle de savoir de ma personne.
Je fais bien mieux d’ordinaire, peut-être ai-je simplement perdu l’habitude de l’usage, peut-être que ces successions de syllabes préfèrent être tues comme je devrais parfois me taire. Je ne sais plus, à ce sujet, si je fais encore bien de prononcer quelques paroles. Je ne sais si parfois je ferais mieux de laisser aller le courant sans me jeter en pleines eaux.
Je ne sais si j’ai agréablement dormi cette nuit, tout ce que je sais c’est que finalement je ne sais pas grand-chose.
Pas grand-chose venant de trop de choses que j’ignore, que j’imagine alors, ou que je sais, mais pensant ces réponses improbables je n’ose les croire vraies et m’en raconte d’autres, plus conformes à ce qui pourrait être cru. Il est des maux qui bloquent les gestes, des paroles qui bloquent les mots. Parler n’a jamais été mon fort, écrire est une manière silencieuse de parler. Aujourd’hui je ne peux que repenser à hier, hier qui m’a fait forcé le sommeil, m’échapper de ce lieu qu’est notre monde pour m’abriter d’un regard que je ne suis en mesure de comprendre, de relever, que je ne peux même accepter tellement je m’en sens indigne. Hier je n’ai su, encore, assouvir ses envies, ses désirs, mon corps semblant se résumer à mes seules tête et pensées. Ce matin j’ai comme le goût de l’alcool qui me rappelle à lui, qui me tente, juste pour enfin être moi sans plus aucun contrôle. Parfois je me dis qu’à trop vouloir contrôler ce corps j’ai réussi à faire que ce soit lui qui me contrôle. Quand je dis corps j’entends tête et pensées, qu’enfin par erreur de mélange ma volonté se retourne contre moi d’une quelconque façon.
 Je fabule. Et pourtant. Je n’ai sais pourquoi le sexe a une telle importance entre les individus, pourquoi c’est dans ce domaine que l’on peut ressentir la plus grande sensation d’échec et d’insatisfaction. Peut-être parce qu’initialement et finalement nous ne sommes que çà, des corps, et que même sans raisonnement il y a encore ce corps, ce support de l’être, et que si l’on se sent en ce domaine ne rien valoir, ce si primitif et basique domaine, que l’on ne peut se sentir valoir autre chose dans tout autre domaine. Il serait comme les fondements de l’édifice, et le bâtisseur sait que sa maison ne résistera aux vents si les fondations ne tiennent pas debout. D’un côté je me dis çà, et de l’autre je vois la finalité, une vulgaire enveloppe pourrissant entre six planches de bois, la dépravation des pores qui constituaient notre peau, la méconnaissance d’un visage, la répugnance à venir de notre chair. Et alors je ne vois rien de si fondamental en le corps.
J’ai parfois envie de renoncer à lui, tant je le vois me malmener, ou l’être lui-même par ces pensées insatiables. Hier donc j’ai eu mal, comme l’un de ceux qui blessent et laissent des traces pour que l’on puisse en tirer les leçons. Je n’ai pas eu mal à cause de la forme, que je trouvais plus que justifiée. J’ai accepté que jamais je ne pourrais même si je le voulais assouvir entièrement un homme. D’autant plus que cet homme est sans cesse, et cela pour ma plus grande fierté, attiré par ce même corps qui se permet, guidé par une réflexion malsaine, de le rejeter. Le fond m’a blessé. Etre là, allongée près d’un homme que l’on aime et désire, ne pas parvenir à satisfaire son envie et besoin sexuel, et le voir, ou plutôt l’entendre, parce qu’on n’a pas eu d’autre choix pour sa conscience de le lui permettre,  se faire plaisir à lui-même, seul, allongé à quelques centimètres de l’objet convoité qui ne répond pas de manière satisfaisante à sa demande, ses attentes, espoirs et envies. Dans la forme je n’ai rien entendu d’autre qu’un homme se masturbant, comme je pourrait moi-même le faire, à lui ou à moi par ailleurs, sa vue de manière générale ne peut que me réjouir, tant je sais que c’est à ma vue qu’est née son envie. Mais derrière tout çà, je vois un couple, unis depuis une année seulement, rencontrant des failles dans un domaine prépondérant pour son maintien. Je vois un homme qui désire une femme, qui le lui fait savoir, la caresse, la touche, tente de devenir à son tour désiré dans son regard, et s’apercevoir que sa main touche en fait une statue, et sentant la froideur de la pierre, s’en va alors renonçant. Je vois une femme, qui est tellement peu sûre d’elle, et qui pourtant connaît et accepte désormais l’effet de son corps sur cet homme, qui reste de marbre face à cet objet de fascination que cet homme lui inspire. Tant que ses pensées, ses analyses, ses questionnements la bloquent, et bloquent jusqu’à l’homme qui se permet de lui poser ces questions qui le tourmentent et polluent son esprit. Alors la femme voyant son incompétence,-car que pourrait-elle faire de plus pour que son ressenti intérieur déferle sur le rendu extérieur pour que ces doutes ne soient plus ?- est déçue d’elle-même, de décevoir, de ne pas répondre aux désirs, envies et attentes de cet homme alors que c’est là et seulement là que réside ses efforts, que c’est dans ce seul et unique but qu’elle s’interroge et pleure à l’intérieur. Comme la femme n’est juste pas capable, l’homme se donne les moyens de sa jouissance. Et la femme repense alors aux motivations de ces moyens que se donnait l’homme en question, et se dit un peu trop tard que souffrir en ce domaine est bien la seule récompense à ses actes propres. Cela rend les choses plus dures, mais enfin compréhensibles, acceptables, loin par contre d’être plaisantes, mêmes plutôt rabaissantes, humiliantes, mais tellement fondées, puisque l’objet convoité est juste incapable de répondre à la convoitise qu’il inspire.
Quoi de plus normal, logique alors ?

Parfois en pensant à tout çà je me dis que mes efforts jamais ne me satisferont, que le temps des ajustements et réajustements n’a pas de fin, que je dois m’attendre à d’autres souffrances à valeur de pénitence, sentence, châtiment à mon incapacité. Je me dis d’autres fois qu’avoir un beau corps paralyse le droit à l’erreur que l’on se fixe, se permet en soi-même. Que je suis gauche, inimaginative, plate. Que l’ennui est ce qui est réservé à l’homme qui se veut auprès de moi, et qu’alors j’ai plus d’envie autre que celle de renoncer… Ne proposant rien, n’apportant rien, me laisser faire, aller où voguent les envies de cet être si aimé, pour ne plus décevoir, ne plus le mener moi-même vers ces chemins que je me sais horrifier, non pas par dégoût, mais par peur, par simple peur que cela soit meilleur, ailleurs… 
Et alors je vois le vice du cercle, une reprise de confiance, qui augmente et améliore la vision que l’on a de soi, avant un nouvel effondrement de son ego, qui n’est rien d’autre qu’une fierté personnelle, entre satisfaction et orgueil, et qui entraîne une fois encore une chute dont on se sait d’avance amoché, entaillé, et dont surtout il va falloir se relever. Et cela fait d’autant plus mal que l’on s’est cru à un moment être monté un peu plus haut, on se dit que l’on a bien eu tort, de se penser comme nous pensent certains autres, que l’effort qui va suivre pour oser les croire à nouveau en connaissant cette fois-ci le risque de chute va être rude, ardu, sans cesse, et que cela use, que cela à force de déception nous mène au renoncement, à la lassitude, à un malaise qui nous bouffe et que l’on a juste envie d’envoyer valser…