mardi 21 septembre 2010

Un mardi matin

Sa beauté n’avait d’égale que sa tristesse, qu’elle répandait en larmes comme l’enfant sème derrière lui des cailloux pour ne pas se perdre. Et elle s’avançait, lasse, dans cette foule anonyme, élégante sans sourire. Son cœur n’était plus qu’animal et elle respirait encore par simple peur d’enfin mourir. Elle avançait, belle, dans cette vie qui la faisait souffrir, qui avait glacé sa chair d’illusions. Un pied devant l’autre, le regard par terre, ses longs cils maquillés de noir donnaient de l’ampleur à sa peine. Il dégageait d’elle comme un respect anobli de la femme qui se laisse abattre en suppliant son bourreau d’une éteinte voix. Sa marche n’était qu’une lente traînée d’indifférences. Elle ne voyait que des ombres, des ombres avec des dents, des semblants de peau qui déambulaient, un assemblage de couleurs qui n’existait que dans sa tête.
Elle aurait aimé avoir un chien, un petit chien, tellement plus grand qu’elle, un fort petit chien pour la protéger dans sa solitude. Elle n’aurait plus rien de tout cela. Alors elle se l’imaginait, un joli collier autour du cou, une courte laisse pour ne pas qu’il s’éloigne trop et elle s’arrêtait au pied des arbres pour laisser son petit renifler la vie d’autres.

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