mardi 21 septembre 2010

Un mardi matin

Sa beauté n’avait d’égale que sa tristesse, qu’elle répandait en larmes comme l’enfant sème derrière lui des cailloux pour ne pas se perdre. Et elle s’avançait, lasse, dans cette foule anonyme, élégante sans sourire. Son cœur n’était plus qu’animal et elle respirait encore par simple peur d’enfin mourir. Elle avançait, belle, dans cette vie qui la faisait souffrir, qui avait glacé sa chair d’illusions. Un pied devant l’autre, le regard par terre, ses longs cils maquillés de noir donnaient de l’ampleur à sa peine. Il dégageait d’elle comme un respect anobli de la femme qui se laisse abattre en suppliant son bourreau d’une éteinte voix. Sa marche n’était qu’une lente traînée d’indifférences. Elle ne voyait que des ombres, des ombres avec des dents, des semblants de peau qui déambulaient, un assemblage de couleurs qui n’existait que dans sa tête.
Elle aurait aimé avoir un chien, un petit chien, tellement plus grand qu’elle, un fort petit chien pour la protéger dans sa solitude. Elle n’aurait plus rien de tout cela. Alors elle se l’imaginait, un joli collier autour du cou, une courte laisse pour ne pas qu’il s’éloigne trop et elle s’arrêtait au pied des arbres pour laisser son petit renifler la vie d’autres.

lundi 13 septembre 2010

Je m'imaginais

Je m’imaginais que dehors c’était l’hiver.
Des arbres sans feuilles et un tapis de neige blanche.
Des hommes et des femmes qui n’osent presser le pas par peur de glisser sur les trottoirs recouverts de gel.
J’imaginais que dehors c’était l’hiver et l’idée alors du froid m’excusait de ne pas vouloir encore me lever. Et j’ai entendu la pluie qui tapait sur les carreaux. La neige ne fait pas de bruit quand elle tombe.
J’ai arrêté d’imaginer. Il ne fait pas encore jour, je n’ai dormi que trois heures et le café coule comme l’eau dans les gouttières.
J’ai une envie d’ivresse, de fuite, j’ai envie d’être assise sur une terre dure et regarder le soleil qui se lève.
J’ai envie d’effacer de ma mémoire ces côtes tâchées de rouge et les cris des dauphins.
Je vais m’enivrer de café, tenir debout, en avoir mal au ventre et pleurer. Pleurer pour occuper le temps que je ne passe pas à lire et à écrire. Pleurer sur mon désœuvrement face à l’inconnu. Pleurer de fatigue et pour donner à mes yeux une raison de souffrir.
Et dehors encore, c’est le silence des murs de neige qui couvrent le tumulte des matins encombrants.
Il y a une route sans neige qui mène vers nulle part.
Me faire alors un manteau de la fourrure de mon chat et l’entendre miauler encore.
Construire une maison en carton que la poussière rongera et penser à ces heures d’une journée qui s’ajoutent à combler tant bien que mal. Garder le sourire et l’air agréable.
Je vis dans une prison d’amour. Les barreaux sont les vaisseaux de mon cœur.
Ce soir je m’endormirai seule et je n’entendrai pas les oiseaux chanter. J’entendrai la pluie sur les fenêtres et mon rêve d’hiver crier.
J’aimerais la joie qu’apportent les alcools et le relativisme écœurant.
Rester la tête sous l’eau dans une baignoire bouillante et entendre le sifflement de la mer. J’aimerais être un dauphin et décider de ma prochaine inspiration.
Je me sens renaissante d’un combat sans armes, un combat glorieux de boue et d’asphalte. Et en dehors de çà, un air de musique à l’instrument désaccordé.   Aimer jouir du bonheur égaré, se plaire à imaginer une anguille se faire bouffer par la transparence d’une méduse.
Avoir la chair de poule à la seule pensée des flocons et se blottir sous les couettes et finir par avoir trop chaud. Se dessiner la sueur comme de la neige fondue, chauffée par les gaz d’échappement d’un camion de livraison frigorifique. Imaginer les trottoirs comme des étales de poissons, un marché géant, slalomer entre les truites et les dorades, en évitant de croiser le regard des langoustes encore vivantes, se débattant par terre, soufflant sur leurs pates pour réchauffer leurs pinces invisibles et paraître nager dans un océan d’ordures.
J’ai envie de gueuler quand je vois ces Hommes qui rient dans tout ce noir.

Dehors il n’y a pas de neige, il ne fait même pas froid, il n’y a aucune langouste sur les trottoirs et les dauphins meurent encore.
Moi je reste dans ma maison en carton, sans porte, sans murs pour combler l’absence de fenêtre, un toit robuste qui s’envole au premier coup de vent.
En cet instant j’aimerais être morte, enfin, ne plus être, ou être autre part quelqu’un d’autre d’encore mouvant.
Une greffe rejetée par l’organisme.
J’ai des sanglots dans la gorge et le regard dans le vide. J’attends et mes mains se rident.
La vie déferle et m’oublie. Ou bien est-ce moi.
Dans l’à-peu-près du malheur je me brûle le palais.
Mon soleil c’est l’ampoule de la cuisine. Je n’ai qu’à opprimer l’interrupteur pour le voir se lever puis l’opprimer à nouveau, donner un sens à son existence, pour le voir se coucher. Il me semble que pour les autres tout va et moi l’ennui me ronge et je retiens encore mes larmes. Si je veux voir le soleil se coucher sur la mer je remplie l’évier d’eau et on s’y croirait, sauf que dans mon rêve c’est l’hiver, alors je fabule la brume avec de la mousse de produit vaisselle que je maltraite.

La nuit ne viendra-t-elle donc jamais ?
Vieil Estragon qui se morfond. Au moins il attend la nuit, il attend quelque chose, un sourire de la lune, une toux d’étoiles enrhumées, un semblant de vie dans ce drap bleu qu’est le ciel. Une apparente tenture de soie à l’allure de coton, quand on souffle dessus elle s’éparpille, s’écarquille comme des yeux qui veulent mieux voir. Il n’y a rien à regarder.
Il n’y a qu’à sentir la chaleur t’envahir et sentir les couleurs qui s’estompent.

Ma chouette en peluche n’a jamais su voler. Je l’ai jeté plusieurs fois en l’air mais à chaque fois elle retombe, comme amoureuse du sol. Il y a un tapir sur la poutre et des poissons rouges dans la cafetière.
J’aimerais monter à cheval et me sentir être le prolongement d’un animal. Etre une callopsitte que l’on n’aura pas élevé à la main ou un canari qui ne chante pas, une femelle inséparable séparée, un lapin mangé par une taupe sous les yeux amusés d’un castor moqueur. Et entendre bêler un mouton.
Laisser des empreintes d’homme-singe et faire croire au yéti.
Adhérer au comité international de défense des nains de jardins et bailler comme une huître.

Le chant du coq au crépuscule.
L’été passe, indolore. Aucune déchirure sur mes vêtements.
A quoi bon ? Simuler l’insouciance.
Se dire que dehors il y a un parc avec de la pelouse et un lac, des arbres avec des feuilles et des écureuils en mal de noisettes. Un recueil de tromperie dans un élan de servitude.
C’est la pauvreté de la névrose. Un antipode du pareil.
Une carapace en papier sur une tortue sans orifice.
J’aimerais un hiver à chaque saison et des bottes qui montent jusqu’à mes seins. Une trilogie sans fin qui tourne et revient comme les hélices d’un ventilateur. Brasser le même air, s’asphyxier de douleur. Bleuter sa peau trop pâle et rougir ses lèvres sans saveur. Marcher sur des œufs et s’enfoncer les coquilles dans les plantes.
Placarder des baisers sur les arbres à abattre. Tronçonner ma lenteur.
N’être rien en tout instant qu’une insuffisance qui mord. Rebelote.
Trouver du réconfort dans une fourrure qui respire, se cacher des terreurs sous un manteau qui perd ses poils. S’acharner à être et à rester.
Il n’y a plus de jours ni plus de nuits. Le temps est une monotone logorrhée que ruine la maladresse.
Se retourner un ongle pour voir le mal que ça fait. Avoir mal au ventre et s’adorer squelette. Des idées.
Une paresse torpeur de l’apparence qui exagère son effroi.
Encore une voix d’enfant que je croyais mort.

Il y a un singe qui saute de cordes en cordes sur le manche marron de la guitare. J’entends un essoufflement.
Cogner ma tête contre un mur en visualisant des mains m’y forçant. C’est un peu çà.
Une salle de théâtre et un rideau  qui ne se baisse pas, condamnant les comédiens à rejouer leur pièce comme le font les aiguilles d’une montre. Les gyrophares chantent.
Du sucre glace et de la nourriture mexicaine. Une balle dans le dos de la cafetière, à gauche, et des traces de doigts.
Les pleurs des baleines remplissent la mer de sel.
Me mordre la lèvre pour avoir le goût du sang dans la bouche, un peu de vie sur ma langue.
Un papillon dans une bouteille. Un verre de vin chaud, un marché de Noël, une absence, des châtaignes grillées, des doigts inertes et un triste sort.
Un magicien nu sur une licorne orange, je me sens une sirène sous la douche.
Un grand trou vide et même pas noir, ni très profond, juste un trou qui existe quelque part pour quelqu’un.
Des olives noires et du fromage à raclette sur des pommes de terre fumantes.
Se gaver d’eau et devenir une fontaine, un vers luisant pour une nature ignorée. Et la rengaine…
Monter et descendre les escaliers et ne plus avoir de souffle.

La lumière de l’ampoule-soleil sur le bois c’est la lumière des enfers.
Peindre les murs en rouge, les plafonds en bleu et des mouettes au dessus de l’évier. Coller des crabes par terre et puis des coquillages qui piquent les pieds. Le matelas deviendrait une serviette posée sur le sable. Un sable chaud pour ne pas avoir froid à trop adorer l’hiver. La trilogie encore.
Et ne plus rien avoir à dire qu’un manteau qui sommeille.
Quand je regarde par le hublot de la porte je me crois dans un sous-marin.

jeudi 2 septembre 2010

La fenêtre

C'est rêver d'une pluie d'enfants, 
Ouvrir la fenêtre et sentir 
Chaque nouveau jour 
L'odeur des corps d'une autre époque.

lundi 23 août 2010

Il n'est nul endroit

C’est être au bout du monde que d’être en soi-même.
Je vois des gens danser sur les toits, d’autres s’assoupir au bas des marches.
Il n’est nul endroit où l’émerveillement ne dure.
Il vient et passe comme le fait le vent frais qui plonge l’herbe verte dans le marbre.
Le bout du monde est brillant, doré, sale et fait de ponts anciens qui laissent filer la Seine et tiédir le café du matin.
J’ai connu ce bout de monde, cette beauté émerveille qui laisse en mémoire des souvenirs charnels avec de la pierre et des regrets de départ.
Ce sont des statues qui pleurent, d’autres qui sourient mais qui toujours restent, étendues près du regard solitaire.
Ici un autre monde où des murs invisibles entourent les os et délimitent le ciel. Pas de ponts, pas de Seine, pas de transis, rien que du béton et des rails, et peu de gens.
Si c’est le bout du monde c’en est l’extrémité la plus laide, celle qui ne peut être que le point de départ à l’arrivée idéale. Idéalisée peut-être.
Le temps est à l’orage, les oiseaux chantent la pluie et je me sens faillir.
Qu’y-a-t-il à aimer ici ?
A adorer ici, autre que l‘être qui nous anime ?
Autre que la foule accablante de lâcheté ?
Autre que cet air qui étouffe et ce bruit des trains qui partent là où j’aimerais aller ?

lundi 12 juillet 2010

Ma Pénitence

A quoi ça sert, la vie,
Le temps qui passe
Ma tête tourne
Mes yeux se lassent

L’enfant qui rit, mes larmes,
Y’a rien de pire qu’une main qui reste
Tendue à celle
Qui se cache

Derrière ma vie,
Il y’a la sienne
Ses peurs au ventre
Ma gorge qui crève
A lui gueuler mon cœur
Qui saigne

Sous mes paupières
Les arbres chialent, au vent,
Leur gerbe
De dédale
Y’a rien de pire qu’un cri d’une mer
Vidée d’ses fleurs et ses pétales

C’est foutu
Ma tête est pleine
De ce souci qu’on nomme Amour
Y’a plus en moi
Que moindres peines
Mes lèvres gouttent
Leurs derniers jours

Aux détours d’une voyelle
J’ai croisé cette sale absence
Ce châtiment, cette baliverne
Qui me dit d’hisser les voiles
Sur ce bateau
Qui coule
Ma pénitence

Sans rédemption,
Mes mains sont sales
De ce démon, qui tire les cartes
Mes lignes s’effacent
Demain est mort
Mon sang se glace
Je tire au sort

Parce qu’y’a rien d’pire
Qu’une vie sans toi
Toi que  j’ignore
Toi qui m’absentes
Dis-moi qu’j’ai tort
Muse abondante
Qui joue d’ses doigts
Sur ma carcasse
Filante.