mercredi 18 novembre 2009

Ma Grande


Depuis, elle semble ne plus exister.
Je me suis toujours demandé comment une mère pouvait se remettre de la mort de son enfant. J’ai compris qu’elle ne s’en remettait pas.
Aujourd’hui il m’est devenu impossible de croire à la véracité de ses sourires.
Aujourd’hui je crois que le mal, celui qui nous tue, est irrémédiable. Que le temps ne sert qu’à creuser doucement le trou pour lesquelles nos dents servent de pelle. Les larmes arrosent les chrysanthèmes, et le soleil n’est plus que prétexte au recueillement.
Je revois son visage, insoutenable, et son amour toujours indemne, les caresses, les baisers, les blagues pour faire rire un corps sans plus de lèvres. Je redoute sa présence, parce que je ne crois pas en la feinte de sa joie retrouvée, je la vois qui s’encrasse dans la solitude, qui tombe devant chaque difficulté, si anodine pourtant comparée au deuil… Je me demande alors jusqu’à quand elle tiendra, jusqu’à quand il lui sera supportable de vivre ainsi, morte.
Il est des fois où je me sens coupable de ne pouvoir qu’envisager sa peine, je la vois grande, si grande, elle qui n’était encore qu’une gamine dans sa tête…
La gamine qui souriait tout le temps, qui était la gaieté même, l’ambiance chaleureuse et le répondant valeureux. La gamine est enterrée avec l’être auquel elle a donné le jour.

Parfois je l’observe, dans toute sa grandeur nouvellement née. Je l’observe et parfois je regarde. Ses yeux vides d’absence.
Quels mots se dit-elle ? Pour vivre encore ? Elle ne craint plus la mort m’a-t-elle dit, et elle parle de son Titi comme d’un sauveur à sa propre tombe. Et devant cela, il n’y a que l’impuissance, ou le regard en coin que la lâcheté ne permet  d’assumer entièrement. Pourquoi regarder ainsi la mère d’un enfant mort ?
Ses mots souvent me reviennent en mémoire… les lèvres bleues, le corps froid, les yeux s’enfonçant, les membres se raidissant… Vient ensuite les veillées, la présentation du défunt à la famille, sans craquer, parce qu’il ne faut pas que Bébé la voit triste… Et enfin les rejets du Petit, qui sans encore parler faisait non de la tête quant à appeler l’ambulance. Et elle était là, l’a vu  mourir, comme l’on regarde une feuille qui tombe sans pouvoir la retenir. Elle était, oserais-je dire là du début à la fin… Grande, mon Dieu, qu’elle dût être Grande pour surmonter tout çà…
Et moi si petite, son envie de se vivre me fait peur.

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