Me remettre à écrire, non pas par ennui,
ni par plaisir, mais parce qu’il faut l’avouer, je n’ai plus aucun
interlocuteur.
Hicham à Paris pour ses soins, désormais
trop centré sur lui-même pour s’intéresser à ma vie misérable, et je ne lui en
veux pas, il ne me reste que mon psychiatre, que ma force assoie, et qui alors
n’a d’autres solutions à mes trop grandes souffrances que des ordonnances
médicales à coup d’antidépresseurs et de neuroleptiques.
Pourtant il n’y a qu’avec lui que je me
sens libre de parler, de tout dire. Des fois je relis mes écrits passés, et je
regrette de ne pas avoir continué à écrire, pour figer sur une page les mots de
ma souffrance. J’ai du coup une montagne de choses à dire en tête, qui m’accable
par avance.
Les médecins ont décidé d’arrêter les
soins pour ma mère, cela ne servant désormais plus à rien.
Hicham est parti se faire suivre
médicalement à Paris, et je sais à présent ce qu’il éprouve non pas par sa voix
mais par son blog, que je lis sans plus d’envie tant il m’accable toujours un
peu plus.
Mon père s’est acheté un costume pour l’enterrement
de ma mère. J’ai élucidé la question avec mon psy, il n’y a aucune
interprétation qui ne soit la bonne, toutes se valent tant tout est vrai dans
ces situations-là.
Dimanche dernier, ma mère m’a dit qu’elle
m’aimait, me l’a répété plusieurs fois, désarmée, je n’ai su lui répondre que « moi
aussi »…
J’ai pleuré tout l’après-midi. J’ai
compris pourquoi mon psy m’avais mise sous antidépresseurs. Les trois jours qui
ont suivis, je n’ai presque rien mangé, alors que je passe mon temps à
boulotter depuis cinq semaines… chaque heure de cours que j’avais à donner me
paraissait une heure de cours impossible à assumer, et s’étalant en longueur,
me faisant douter de ma capacité à tenir, à ne pas m’effondrer à force de
fatigue devant des classes inintéressantes bondées de mioches encore morveux.
Je me suis réconciliée avec Belfort. La
ville n’a rien pour me plaire, mais je ne vais pas passer les années à venir à
cracher dessus, passant à côté de la vie en attendant de retourner en Bretagne.
Je me suis acheté un vélo, ai parcouru la coulée verte sur quelques kilomètres,
et je remonte à cheval dans un petit club sympa.
Pour le reste, c’est vivable, l’appartement
est agréable.
Je pense souvent à Rennes, à Saint-Malo,
à Combourg. Hier soir, je suis allé sur facebook rechercher mes anciens élèves,
ai simplement parcouru leur profil, regardé leurs photos, me suis souvenue,
nostalgique, de cette année merveilleuse passée en leur compagnie.
Rien ne pourra égaler cette année de
travail avec eux.
Aujourd’hui c’est dimanche, je me désole
à n’avoir plus aucune volonté pour me prendre en mains… mais n’est-ce pas là
aussi un symptôme de la dépression ? Je le crois, parce que dans le cas
contraire, ce manque de volonté serait synonyme de faiblesse d’esprit, et j’aurais
alors vraiment touché le fond.
Je vais essayer d’écrire, m’y forcer un
peu, pas tous les jours, mais un peu.
Je dois préparer mes cours, encore,
toujours, ma vie sera donc rythmée par des cours à préparer et des copies à
corriger… je n’ai jamais eu de vocation pour devenir prof, cette année me
rappelle à quel point c’est un travail, une torture, se mettre en scène devant
des gosses pour lesquels je ne ressens aucune compassion ni aucune envie de les
sortir de leur merde, non, c’est même parfois le contraire, j’aimerais qu’ils y
restent, et il n’y a pas à dire, mais c’est difficile, ça donne envie de ne pas
les considérer comme des êtres humains, ils sont si éloignés eux et leur
famille, de notre civilisation…
Je vais passer les deux semaines de
vacances à Lyon, le matin préparant mes cours, les après-midi à l’hôpital, avec
la conviction que ce seront les dernières vacances, qu’il se passera quelque
chose entre le 12 et le 17 décembre.
Je déteste tout çà.
Je déteste me voir grossir à vue d’œil.
Je déteste me sentir soulager du départ
d’Hicham et de la mort prochaine de ma mère.
Je déteste mon seuil de saturation qui n’est
plus apte à endurer quoi que ce soit.
Mais plus que tout, je déteste cette vie
de merde, qui n’est pas fichue de me faire le plaisir de me livrer un
lave-linge qui fonctionne.
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