jeudi 18 juin 2009

Le non-temps de la mise en page

Un titre d'une effrayante banalité pour un article tout aussi effrayant.
La première chose que j'ai voulu faire ce matin à été de pleurer.
Renier tout ce qui m'éloigne de mon essentiel.

Etre là, quatre heures durant, devant une copie blanche que l'on se doit de noircir pour ne pas se ressentir comme étant dans l'échec et pourtant.
Pourtant les rires ont éclatés de toute part hier, pendant que j'étais là à esperer connaitre ces mêmes rires un jour, pour des notes, une image que j'aimerai donner et avoir de moi, pour le simple besoin de correspondre, répondre aux consignes selon les critères des consigants eux-mêmes, qui soit dit en passant, ne savent que faire de tendre une main aux recalés de première session.
On révise alors, histoire de... parce que l'on y croit, et l'on se farcit des épreuves, toutes nous mettant une pression pas possible, le temps compté, le barême, l'écriture lisible pour ne pas les obliger à forcer sur leurs yeux.

J'en ai juste marre de me lever ce matin encore, en me convainquant que mes pas de ce début de journée me mèneront quelque part en me disant que peut-être, le possible reste encore, occulté.

4h15 et je me lève.
Je prendrai mon train à 6h19 pour ne pas être en retard à ma première épreuve du jour.
Epreuve, que l'on me cherche la définition de ce mot-là aussi...

Bref, fatiguée que l'on me prenne ma vie partiellement, sans faux jeux de mots, fatiguée de devoir quitter ce matin le lit dans lequel il dort, ne pas pouvoir assister à son réveil, être dans un stress qui en devient normal, vivre l'effort de ne pas y penser, pour paraître aller bien, parce que l'on a besoin d'aller bien, rien que çà d'ailleurs.

J'ai mal je crois, de voir l'évidence d'une erreur d'orientation.
Dialogue d'une étudiante avec elle-même.
Et lorsque l'on sort des murs de l'établissement, on doit encore se pencher sur tous ces bouquins au programme, on n'en sort jamais vraiment, jamais.

Article amené à disparaître, comme bien d'autres choses.
Bon réveil.

dimanche 14 juin 2009

A n'être qu'un arbre mort...


Passer le corps par la fenêtre pour regarder l'arbre mort.
La pluie me donne une impression d'existence. Je vois tourner les nuages, virevolter les feuilles. Elles pleurent.
Malmenées par tant d'ignorance.
L'homme marche et de son pas la brise, murmure alors le son des clameurs maternelles de la terre, qui récupère la vie qu'elle a un jour donné, par mégarde, méprise ou bêtise.

Une écorce, une peau, un coeur dit-on, peut-il pleurer encore quand rien ne semble plus pouvoir le toucher ?
Et mon corps, pleure-t-il comme ces feuilles de ne pas pouvoir satisfaire le seul objet qu'hier encore il désirait satisfaire ?
Des mots légers, comme je veux mon corps à présent, puisque sa main sera loin sur son propre corps, se donnant sans honte ni peine son plaisir, assouvi à chaque fois, si facilement, mécaniquement devant un film pornographique, de banales images plongeant l'homme dans la limite de la sadicité perverse, mon corps nu à ses côtés, ne suscitant en lui plus aucune envie assez forte pour être menée à terme... Etre là et observer sans broncher, sous prétexte que l'on se doit d'assumer nos dits défauts et qualités. Se baser alors sur ces mêmes images et projeter sa dite adorée sur un écran, et attendre, espérer bien malgré soi souvent que l'idée brillante d'imiter vienne à son esprit d'éternelle insoumise, et pourtant...

Pourtant je me souviens lui avoir donné ma virginité, il est le seul à qui j'ai dit je t'aime, il n'en est pas moins le seul à m'avoir fortement désillusionné. Je n'ai jamais joué avec des poupées pourtant, bien trop superficiel, artificiel, mais n'oublions pas - entendez-là mon ironie - qu'aujourd'hui est un nouveau jour, encore un qui vient s'ajouter à la liste des ans.
Peut-être n'ai-je pas assez de rides ? Pas assez de souillures ? Pas assez d'audace ? De mesquinerie détournée en essais de rédemption ? Peut-être, et alors ?
Le problème est peut-être dans le manque cruel d'arguments, qui vient mettre à bas chacune de mes réflexions orales, et l'on me " critique " presque de ne pas parler assez... Et quand mon courage se fait présent, j'ose prononcer quelques mots qui s'égarent, mal enchaînés, et là la magie se brise.

Soit belle et tais-toi.
Ou agis et ferme-là, ou ouvre-là plutôt...

Qu'on m'explique... pourquoi ces paroles devraient aujourd'hui suffire à me faire aimer ma silhouette, quand toute son enveloppe me dit ouvertement le contraire...

J'assume et je m'aimerai selon moi-même.
Dans le leurre conscient dans lequel je sais que je m'expose.

 
... on perd l'envie d'exister.

mardi 5 mai 2009

La réverbération d'une ampoule

Texte d'après un exercice d'écriture consistant en l'emploi imposé de mots.


Le soleil était haut.   
Je discernais mal les dunes alors que mes yeux s'enfonçaient dans le sable. J'y devinais les empreintes d'un fauve que l'on chasse et poursuit, battu à mort, indifférent à l'homme qui ignore l'ardeur de la bête enceinte sous la protection du désert.
Celui-ci s'avance, se tourne vers l'animal et manie son arme, la lance dans le ventre du félin dont les griffes se rétractent.
Il paraissait étranger.
Il est venu se coucher non loin de moi, ses muscles mouillés se dessinaient sous l'obscurité que trempaient des roses de chaque côté de sa croupe. Je parcouru sa peau, y ai posé ma main.
Sa bouche était grande, me murmurant des paroles d'une vérité certaine. J'ignorai tout de ses yeux, de l'ovale de ses pupilles, je descendais alors jusqu'aux mâchoires épaisses.
Il était une sculpture magnifique.
Je désirais ses formes, souhaitais connaître le terrible de sa silhouette, son dos courbé, son odeur, tout jusqu'au dernier de ses souffles.
Je descendais ma main jusqu'à la fente, l'animal me poussait à m'étendre sur le sol, remonter ma main, la déplacer tout le long de son corps pour enfin m'y poser.
Je ne connaissais pas son langage, il parlait peu.
Je n'ai distingué que la détente de l'arme, sa tête rompue, écrasée à même la terre.
Je me suis avancé, je saisissais tout le mal dans son expression.
Prise au dépourvu, j'étais perdue, seule, sans doute effilée comme les pointes des rebords d'un cercle. Je restais debout dans mon rêve, je n'étais pas parvenu à le rattraper.
L'alignement de nos silhouettes dominait toute la multitude des colonnes des maisons. Autant être libérés, brillant de la réverbération d'une ampoule susceptible de scintiller.
Il était le seul homme qui ait répondu par la plume à l'ombre du soleil.
Ma robe jaune brodée de noir s'agrippait en direction de son existence. Son style était rare comme l'était son identité : un soldat masqué sous le pelage d'une panthère. Un simple homme à la surface verticale d'une guerre.
L'air était plein de sa présence. 

mardi 28 avril 2009

Le poids d'un soldat mort

6h38



La soirée était lourde comme le poids d’un soldat mort. Quelque chose s’est rompu. Je lui ai fait du mal et ce sont pourtant mes larmes qui n’en finirent pas de couler, celles d’une culpabilité croissante, d’une brisure à demi qui aurait pu être totale. J’ai eu peur, fallait-il bien que cela arrive pour que j’accepte de comprendre, ou plutôt d’acccepter. Accepter que sa présence soit un véritable choix, non un par défaut en attendant mieux, que le moi n’est plus seul à combattre.
Je me suis achevé. Mes yeux ce matin portent la marque du remord, je ne sais si j’oserai encore lui dire que je l’aime. J’écris et les larmes reviennent souiller mon visage. De mon fait, pour ne pas dire à cause de moi, ce matin une page n’existe plus. Un bien que je lui enlève, un morceau de nous qui part. Je suis vide dans la tête, le cœur trop plein de honte, le corps ne tenant plus qu’à un fil. La fatigue est là, bien là toute autour et à l’intérieur. J’aurai aimé que ma vie soit un livre, j’en aurais déchiré cette page, puis brûlé avant de la réécrire. Ce matin j’ai froid, et mon regard est baissé. Comme ma tête, vers ce sol sur lequel je rampe pour mieux ne plus sentir sa douleur, la sienne et celle qui sillonne mon crâne comme le ferait le plus dissonant orchestre. J’avais voulu ne plus poser mot mais seule face à moi-même ils restent encore ma seule échappatoire. Rentrer en soi pour mieux en sortir, lutter contre la brûlure que nous infligent nos yeux et attendre de se remplir de nouveau, petit à petit, en changeant juste un peu la trajectoire. Je ne trouve rien à vouloir dire, j’aimerai seulement disparaître un peu plus, m’enfoncer davantage dans ma connerie et m’en vouloir, toujours, flagellation du corps pour une rédemption de l’âme, on ne revient pas en arrière.
Il faut continuer à avancer, avoir l’arrogance de soutenir encore un regard, le sien, que je sais avoir blessé. Cette page est une page de remords qui n’effacera rien du mal commis. J’ai gardé en moi la trace du passage de son corps dans le mien, toute cette nuit, comme pour retenir encore une chose, une seule et dernière chose tant je nous croyais finis.
Je vois mon reflet sur la fenêtre, ni plus ni moins que la représentation faussée d’une loque qui tape sur un clavier. Libérer de je ne sais quel mal, celui d’en avoir fait, uniquement, celui de la peur d’en refaire un jour et de perdre ma seule raison de tenir debout, de vouloir tenir debout dans toute cette insignifiance. Je viens, je crois, de mettre au jour toute ma splendeur, terne, pesante, blessante, humiliante. Je ne sais comment conclure, je n’ai ce matin plus la force de fixer l’écran.

mercredi 8 avril 2009

Elle. Haine.

Je ne sais avec quel sourire prendre ces derniers mots d’une autre qui n’est pas moi.

Je ne sais pourquoi la race humaine s’acharne ainsi sur les possibles d’hier qui lui ont été enlevés. Je ne sais pour quelle raison j’écris ces phrases.
Aimer un homme. Sa vie, son passé, accepter ces lendemains lors desquelles nous n’étions pas, se vivre dans le présent, à chaque seconde plus pleinement qu’à l’instant précédent et par moments voir resurgir une part de cet inconnu dont on regrette et envie l’absence.
Retour en arrière pour lui, reprise des armes pour moi, bien malgré la volonté de l’un et l’autre, rester passif devant ce resurgissement de l’impalpable, de l’inimaginable, du temps regretté à ne pas avoir été là, avant, pour ne pas que d’autres viennent baiser ces lèvres et serrer ce corps.
    Depuis peu, chaque parole prononcée est acte d’amour, chaque regard, chaque silence, tant et tant que je ne fais plus que deviner aujourd’hui ce qu’est faire l’amour, je le vis, encore et encore, de la naissance du désir à l’assouvissement total du plaisir, des corps et des cœurs…  Faire l’amour avec l’homme qu’on aime et devoir sans s’en être préparé faire face à un retour d’autre, d’une autre en cet instant, une autre que j’aurai pris plaisir à faire pleurer cette nuit encore, une autre que le temps et ma réflexion épargnent, après avoir pensé des phrases toutes écrites à l’avance, celle d’une femme qui jamais ne baissera les armes devant qui que se soit pour défendre son essentiel de tout mal, passé ou présent.
    Et pourquoi une telle réaction ? Une simple aberration devant tel acharnement, devant un tel culot et un sans gêne à toute épreuve. Partagée entre le sentiment d’ignorance et celui d’écraser l’insecte avec le pied, en gardant la chaussure pour ne pas que nous salisse son sang. Rester humble par pure compréhension de la folie de l’autre, partage presque irréel de ce même égard, mais l’homme que j’aime est désormais homme d’une femme, pour rien au monde je cèderai ma place. Mélange de fascination, d’admiration, de respect et d’amour, comment ne pas comprendre l’envie qu’il suscite en d’autres ? Comment parler au nom d’un homme méconnu jusqu’alors ? Sait-elle son regard sur lui-même depuis son regard sur moi et le mien sur lui-même ? Sait-elle le sourire qui se lit dans ses yeux lorsque son corps se trouve satisfait et son cœur enfin empli ? Sait-elle ? Que sait-elle d’autre sinon celui qu’il n’est plus ? Etre comme on dit passé avant nous donne-t-il le droit de croire acquis l’être devenu sans elle ?
Si je pouvais seulement visualiser un visage, une image à recadrer, une cible à atteindre pour que son cœur et le mien ne souffrent d’elle et de tous ces autres qui se pensent rattachés à lui par pure connaissance de l’ancien qu’il n’est plus…
Mes mots s’embrouillent, mes doigts frappent le clavier comme s’il était elle, peut-être, voire d’autres, sans raison…
Se permettre de juger du bonheur de quelqu’un, c’est l’égo qui se démesure à force d’entretien d’une lâcheté croissante, d’un dégoût de soi frôlant la médiocrité de son être, d’un irrespect de sa propre personne lorsque l’on dit jouir du plaisir donné par l’un, imaginant d’autres traits, ceux de cet autre, mon autre et sourire bienveillamment, tout en continuant la comédie de la femme aimante, caresser un corps en en voulant un autre, et que puis-je y faire, moi, sinon observer la scène sans avoir droit d’y monter ???   Aller ensuite jusqu’à demander une photo sous le titre de faveur, que lui doit-il pour que toute permission paraisse à ses yeux évidence de l’action ? Une photo, installé en face de moi, ce lui d’aujourd’hui que je veux que jamais elle n’atteigne plus, ni elle ni personne, comment pouvoir encore oser se regarder dans le miroir en se sachant prostituée ? Se marier et faire de l’amour de la baise pure et simple, ultime simulation du jeu de la comédienne, retirer le masque en arrachant la peau, que le monde découvre enfin le visage réel du quasi grotesque que l’on devient après s’être menti sur ses espoirs durant des années…
Le seul. Tant d’ambigüités derrière ces deux seuls mots, tant de feuilles à lui jeter à la gueule, tant d’énervement inutile, juste un besoin de vider ma rancœur et mon vouloir sur papier, qu’enfin sortent ces démons de mon cœur qui ont tant abrutis le sien, endolori jusqu’aux dernières larmes apparentes et toutes celles qui se taisent, par habitude d’avoir pris honte de se laisser aller, et que dois-je dire, sinon remercier cette crasse de lui avoir fait tant de mal, pour qu’en moi un jour il reconnaisse son bonheur, le vrai, celui pour lequel je me lève chaque jour, celui pour lequel je donnerai tout, de moi et d’autres s’il le fallait, comment dire toutes ces choses qui brûlent en moi à sa seule pensée ? Comment justifier ma hargne à la seule imagination d’une autre main que la mienne parcourant son corps, et d’une autre âme touchant son cœur, tout est à moi, je le veux tant, tant je l’aime, le sait-elle, que je ne pose aucune limite à son sourire ? Sait-elle à quel point mes mots comme mes lettres s’emmêlent ? Et que je ne laisserai aucun obstacle à sa joie ? Obsession peut-être, besoin de possession de l’être, jalousie infantile de la femme qui aime à s’en arracher les yeux pour que son indispensable puisse voir le monde, le monde et tous ces faux-semblants, et mon envie injustifiée d’égratigner chaque parcelle de mur qui s’élèverai devant nous...