vendredi 26 juin 2009

Le ciel a retenu ses larmes

On parle de mort comme on sirote un bon vin.
Avec délectation et envie que ça dure encore.

Hier un homme se tenait debout, faisant aller et venir une coccinelle entre ses mains.
Ignoré, moi je ne voyais que lui. Il en prenait soin.
Comme je le prends à m’asseoir toujours du bon côté du compartiment, dans le sens de la marche, rive  gauche pour le retour et droite pour l’aller.
Pour voir le ruisseau et l’étendue d’herbe accompagner la durée. Le trajet est moins long quand on ne regarde rien, rien d’autre que le fond de la toile, comme par envie de s’y projeter, s’y voir vivre, simplement s’imaginer. Entre le fleuve de verdure et la pelouse de rosée. Vent dans les tempes qui ne sait où s’échouer.

Ce matin le ciel a retenu ses larmes. Il était d’un jaune qu’assombrissaient des paupières lourdes de couleurs.
Mes mots se ressemblent en ce moment de deuxième éveil. Peut-être devrai-je me rendormir à nouveau, ou continuer à noircir cette page le temps que ces va et vient prennent enfin le parti de ternir cette blancheur.
Voilà que je m’insatisfais. Il faut s’entraîner, parait-il, pour ne pas perdre la main, comme on s’accroche à un rêve, à une déception passée que l’on entretient, à un chantage vandale qui fait se rencontrer le lettré et le primate. Il est même des chats qui s’en arrachent les griffes, et des coussinets qui les pleurent. Un pelage qui les regrette. Je me voudrais incohérente pour que plus beau soit mon texte. Mais je me suis trop efforcé ces dernières heures à organisé mes pensée de façon ordonnée, ou ordinaire, banale introduction versatique.
J’aurai aimé avoir le cœur à écrire que je l’aime, toujours, des mots sincères que je ne souhaite que trop et jamais assez lui dire. Qu’il les caresse comme ma main caresse mon envie d’arracher à ma mémoire certains souvenirs trop usés. Oui j’aurai aimé, et à la place voilà ce qui s’inscrit, des mots dans toute leur splendeur, celle de prendre beaucoup de place et de finalement ne pas dire grand-chose, des mots qui viennent, sans raison, se posent, restent et qui ne veulent rien dire qu’ils ne peuvent eux-mêmes éprouver. 

jeudi 18 juin 2009

Le non-temps de la mise en page

Un titre d'une effrayante banalité pour un article tout aussi effrayant.
La première chose que j'ai voulu faire ce matin à été de pleurer.
Renier tout ce qui m'éloigne de mon essentiel.

Etre là, quatre heures durant, devant une copie blanche que l'on se doit de noircir pour ne pas se ressentir comme étant dans l'échec et pourtant.
Pourtant les rires ont éclatés de toute part hier, pendant que j'étais là à esperer connaitre ces mêmes rires un jour, pour des notes, une image que j'aimerai donner et avoir de moi, pour le simple besoin de correspondre, répondre aux consignes selon les critères des consigants eux-mêmes, qui soit dit en passant, ne savent que faire de tendre une main aux recalés de première session.
On révise alors, histoire de... parce que l'on y croit, et l'on se farcit des épreuves, toutes nous mettant une pression pas possible, le temps compté, le barême, l'écriture lisible pour ne pas les obliger à forcer sur leurs yeux.

J'en ai juste marre de me lever ce matin encore, en me convainquant que mes pas de ce début de journée me mèneront quelque part en me disant que peut-être, le possible reste encore, occulté.

4h15 et je me lève.
Je prendrai mon train à 6h19 pour ne pas être en retard à ma première épreuve du jour.
Epreuve, que l'on me cherche la définition de ce mot-là aussi...

Bref, fatiguée que l'on me prenne ma vie partiellement, sans faux jeux de mots, fatiguée de devoir quitter ce matin le lit dans lequel il dort, ne pas pouvoir assister à son réveil, être dans un stress qui en devient normal, vivre l'effort de ne pas y penser, pour paraître aller bien, parce que l'on a besoin d'aller bien, rien que çà d'ailleurs.

J'ai mal je crois, de voir l'évidence d'une erreur d'orientation.
Dialogue d'une étudiante avec elle-même.
Et lorsque l'on sort des murs de l'établissement, on doit encore se pencher sur tous ces bouquins au programme, on n'en sort jamais vraiment, jamais.

Article amené à disparaître, comme bien d'autres choses.
Bon réveil.

dimanche 14 juin 2009

A n'être qu'un arbre mort...


Passer le corps par la fenêtre pour regarder l'arbre mort.
La pluie me donne une impression d'existence. Je vois tourner les nuages, virevolter les feuilles. Elles pleurent.
Malmenées par tant d'ignorance.
L'homme marche et de son pas la brise, murmure alors le son des clameurs maternelles de la terre, qui récupère la vie qu'elle a un jour donné, par mégarde, méprise ou bêtise.

Une écorce, une peau, un coeur dit-on, peut-il pleurer encore quand rien ne semble plus pouvoir le toucher ?
Et mon corps, pleure-t-il comme ces feuilles de ne pas pouvoir satisfaire le seul objet qu'hier encore il désirait satisfaire ?
Des mots légers, comme je veux mon corps à présent, puisque sa main sera loin sur son propre corps, se donnant sans honte ni peine son plaisir, assouvi à chaque fois, si facilement, mécaniquement devant un film pornographique, de banales images plongeant l'homme dans la limite de la sadicité perverse, mon corps nu à ses côtés, ne suscitant en lui plus aucune envie assez forte pour être menée à terme... Etre là et observer sans broncher, sous prétexte que l'on se doit d'assumer nos dits défauts et qualités. Se baser alors sur ces mêmes images et projeter sa dite adorée sur un écran, et attendre, espérer bien malgré soi souvent que l'idée brillante d'imiter vienne à son esprit d'éternelle insoumise, et pourtant...

Pourtant je me souviens lui avoir donné ma virginité, il est le seul à qui j'ai dit je t'aime, il n'en est pas moins le seul à m'avoir fortement désillusionné. Je n'ai jamais joué avec des poupées pourtant, bien trop superficiel, artificiel, mais n'oublions pas - entendez-là mon ironie - qu'aujourd'hui est un nouveau jour, encore un qui vient s'ajouter à la liste des ans.
Peut-être n'ai-je pas assez de rides ? Pas assez de souillures ? Pas assez d'audace ? De mesquinerie détournée en essais de rédemption ? Peut-être, et alors ?
Le problème est peut-être dans le manque cruel d'arguments, qui vient mettre à bas chacune de mes réflexions orales, et l'on me " critique " presque de ne pas parler assez... Et quand mon courage se fait présent, j'ose prononcer quelques mots qui s'égarent, mal enchaînés, et là la magie se brise.

Soit belle et tais-toi.
Ou agis et ferme-là, ou ouvre-là plutôt...

Qu'on m'explique... pourquoi ces paroles devraient aujourd'hui suffire à me faire aimer ma silhouette, quand toute son enveloppe me dit ouvertement le contraire...

J'assume et je m'aimerai selon moi-même.
Dans le leurre conscient dans lequel je sais que je m'expose.

 
... on perd l'envie d'exister.

mardi 5 mai 2009

La réverbération d'une ampoule

Texte d'après un exercice d'écriture consistant en l'emploi imposé de mots.


Le soleil était haut.   
Je discernais mal les dunes alors que mes yeux s'enfonçaient dans le sable. J'y devinais les empreintes d'un fauve que l'on chasse et poursuit, battu à mort, indifférent à l'homme qui ignore l'ardeur de la bête enceinte sous la protection du désert.
Celui-ci s'avance, se tourne vers l'animal et manie son arme, la lance dans le ventre du félin dont les griffes se rétractent.
Il paraissait étranger.
Il est venu se coucher non loin de moi, ses muscles mouillés se dessinaient sous l'obscurité que trempaient des roses de chaque côté de sa croupe. Je parcouru sa peau, y ai posé ma main.
Sa bouche était grande, me murmurant des paroles d'une vérité certaine. J'ignorai tout de ses yeux, de l'ovale de ses pupilles, je descendais alors jusqu'aux mâchoires épaisses.
Il était une sculpture magnifique.
Je désirais ses formes, souhaitais connaître le terrible de sa silhouette, son dos courbé, son odeur, tout jusqu'au dernier de ses souffles.
Je descendais ma main jusqu'à la fente, l'animal me poussait à m'étendre sur le sol, remonter ma main, la déplacer tout le long de son corps pour enfin m'y poser.
Je ne connaissais pas son langage, il parlait peu.
Je n'ai distingué que la détente de l'arme, sa tête rompue, écrasée à même la terre.
Je me suis avancé, je saisissais tout le mal dans son expression.
Prise au dépourvu, j'étais perdue, seule, sans doute effilée comme les pointes des rebords d'un cercle. Je restais debout dans mon rêve, je n'étais pas parvenu à le rattraper.
L'alignement de nos silhouettes dominait toute la multitude des colonnes des maisons. Autant être libérés, brillant de la réverbération d'une ampoule susceptible de scintiller.
Il était le seul homme qui ait répondu par la plume à l'ombre du soleil.
Ma robe jaune brodée de noir s'agrippait en direction de son existence. Son style était rare comme l'était son identité : un soldat masqué sous le pelage d'une panthère. Un simple homme à la surface verticale d'une guerre.
L'air était plein de sa présence. 

mardi 28 avril 2009

Le poids d'un soldat mort

6h38



La soirée était lourde comme le poids d’un soldat mort. Quelque chose s’est rompu. Je lui ai fait du mal et ce sont pourtant mes larmes qui n’en finirent pas de couler, celles d’une culpabilité croissante, d’une brisure à demi qui aurait pu être totale. J’ai eu peur, fallait-il bien que cela arrive pour que j’accepte de comprendre, ou plutôt d’acccepter. Accepter que sa présence soit un véritable choix, non un par défaut en attendant mieux, que le moi n’est plus seul à combattre.
Je me suis achevé. Mes yeux ce matin portent la marque du remord, je ne sais si j’oserai encore lui dire que je l’aime. J’écris et les larmes reviennent souiller mon visage. De mon fait, pour ne pas dire à cause de moi, ce matin une page n’existe plus. Un bien que je lui enlève, un morceau de nous qui part. Je suis vide dans la tête, le cœur trop plein de honte, le corps ne tenant plus qu’à un fil. La fatigue est là, bien là toute autour et à l’intérieur. J’aurai aimé que ma vie soit un livre, j’en aurais déchiré cette page, puis brûlé avant de la réécrire. Ce matin j’ai froid, et mon regard est baissé. Comme ma tête, vers ce sol sur lequel je rampe pour mieux ne plus sentir sa douleur, la sienne et celle qui sillonne mon crâne comme le ferait le plus dissonant orchestre. J’avais voulu ne plus poser mot mais seule face à moi-même ils restent encore ma seule échappatoire. Rentrer en soi pour mieux en sortir, lutter contre la brûlure que nous infligent nos yeux et attendre de se remplir de nouveau, petit à petit, en changeant juste un peu la trajectoire. Je ne trouve rien à vouloir dire, j’aimerai seulement disparaître un peu plus, m’enfoncer davantage dans ma connerie et m’en vouloir, toujours, flagellation du corps pour une rédemption de l’âme, on ne revient pas en arrière.
Il faut continuer à avancer, avoir l’arrogance de soutenir encore un regard, le sien, que je sais avoir blessé. Cette page est une page de remords qui n’effacera rien du mal commis. J’ai gardé en moi la trace du passage de son corps dans le mien, toute cette nuit, comme pour retenir encore une chose, une seule et dernière chose tant je nous croyais finis.
Je vois mon reflet sur la fenêtre, ni plus ni moins que la représentation faussée d’une loque qui tape sur un clavier. Libérer de je ne sais quel mal, celui d’en avoir fait, uniquement, celui de la peur d’en refaire un jour et de perdre ma seule raison de tenir debout, de vouloir tenir debout dans toute cette insignifiance. Je viens, je crois, de mettre au jour toute ma splendeur, terne, pesante, blessante, humiliante. Je ne sais comment conclure, je n’ai ce matin plus la force de fixer l’écran.