lundi 28 juin 2010

J'ai entendu hier, dans un placard fermé

J’ai entendu hier
Dans un placard fermé
Remuer un souvenir.
J’ai pleuré.

Aussi longtemps, tu vois,
Que mes yeux le pouvaient
Je n’ai pas connu pire qu’une seule vie sans toi
Et c’était peu dire.

Une larme à la fois
J’ai perdu le sourire
Et le relief de moi
Je me suis déconstruite
Amusée de tes bras
J’ai oublié de vivre
Et de jouir de ta voix.

C’est le spectacle mort
D’une traînée de pluie
Qui me laisse sous les pieds
Des écorchures de ruine
Je n’ai aimé que toi
Ma doublure
Mon intime.

Mon espérance de toi
C’est ma vie,
Mon abîme.

J’ai finit de jouer
J’ai déposé les larmes
C’est avec le sourire
Que je m’évade de moi
C’était toi l’homme
Qui dansait de ses doigts
Une mélodie pure
De vertige et de froid.

C’était tes yeux de la couleur de mes yeux,
C’était le creux
De ta main le vrai fond
Celui dont je ne suis pas revenu.

C’était encore un regard
Derrière moi
Pour m’assurer que ce souvenir
Ne sera jamais toi.

jeudi 17 juin 2010

N'être qu'un souvenir

Pousser une porte et sembler déranger les murs.
Etre cette goutte d’eau qui fait se déverser les larmes.
C’est l’attente d’un supplice en continu et le difforme de la virgule, je ne suis humaine que partiellement. Et de loin j’entends ces louanges, la main qui caresse toujours dans le sens du poil, ces doigts pourtant m’arrachent un à un les cheveux.
Avant je voyais des portes, aujourd’hui je ne vois que des nœuds, qui coulissent comme pervers autour du cou, une pierre bien précieuse, un semblant de gêne, je ne peux faire mieux. C’était l’époque d’un autre temps, où Orphée tenait encore la main d’Eurydice. Sous moi pourtant la terre s’est ouverte, et ce n’est pas le chien à trois tête qui m’a accueilli entre ses dents, mais un homme en parfait galant qui s’est coincé dans mon cœur. Amour, ami ou amant, je ne peux voir l’ami sans penser l’amour et le voir amant. Je suis donc aujourd’hui un résidu de sentiments, qui s’écorche le ventre à coup de griffes. Je ne sais plus où regarder, le paysage ne se laisse plus voir, ma tête se meurt à imaginer à mes côtés un autre visage dans le miroir.
Je ne regretterai jamais assez, toujours en second dans une liste où toute autre asphyxie me dépasse, mes jambes sont courtes et mon corps gras de pensées et de rasoirs. Je ne suppose plus demain, je vis l’ami en l’aimant et l’amant ne fait pas de mal. C’est une fumée omniprésente, une odeur de feuilles sur les doigts, un couché solitaire, et des bruits de touches. J’aurais aimé l’entrelacement des bras à la tombée du jour, l’amour le matin, un air de fleurs et des asphyxies inexistantes.
Il est trop tard, je crois, je ne rêve plus à l’amour, je prends ce qui se présente à ma vie, les cris de joie ou bien les larmes, les sanglots bruyants qui n’attirent pourtant jamais l’attention de l’être et laissent des rougeurs aux yeux le lendemain. Je ne parviens non plus à me tenir droite, marcher pieds nus fait honte, c’est l’homme et l’enfant, la joyeuse ignorante qui ne sourie pas aux passants et réclame pourtant touts les regards du monde. Sans discussion, sans vécu, sans autre belle prestance que sa tronche, je parle aux bestioles et personne ne les comprends.
C’est encore n’être qu’un souvenir.

mercredi 2 juin 2010

Le classeur rouge

J’ai rouverts ce matin ce classeur rouge fermé depuis deux années. 
Des chiffres courent, des abréviations, des têtes rondes mimant un sourire ou des éclats de larmes, des lignes, tracées précieusement, des cases à remplir d’une croix, marque indélébile de l’atteinte de l’objectif de la semaine, écrit en lettres majuscules, rouges, larges, froides. D’autres sont de simples mots, déception, jeûne, tristesse, dégoût, bracelet, crise, rien, un café, rien, un fruit, rien, trop de choses, point.
Elles se comptent en semaines, les pertes de soi, un morceau de chair et d’amour de la vie laissé pendu à chaque recoin de pages, certaines sont colorées, indiquant l’importance de la tâche, le temps par exercice, des dessins, pour illustrer le mouvement, ces heures d’effort à se sculpter un rêve.  Objectifs, perfection, minceur, calcium, protéines, tout est inscrit, chaque gramme, la pesée du matin, celle de l’après-midi, celle du soir, les repas écrits à l’avance, la veille, en fonction des chiffres, rien le matin, un café en cas de crise, rien le midi, une compote de pommes le soir avant 18h, et du thé en pagaille, froid, comme le café, et sans sucre.
Vient ensuite ce contre quoi il « faut se battre », les anti-pro, les fringales, les préjugés, les mots à se répéter lorsque l’on se déçoit, d’avoir mangé un abricot à la place de rien, rage, indifférence, grosse, incapable. On termine par la liste des aliments à bannir, chocolat, bonbons, confiture, gâteaux… sucres, viandes, légumes, biscottes, lait, eau.
Puis on allume l’ordinateur, et l’on recopie avec attention les dix commandements de la douce… tu ne mangeras point s’en t’en sentir coupable. Tu enfonceras tes doigts au plus profond de ta gorge pour te punir, puis tu jeûneras tout le lendemain, parce que tu as honte, et te dissuader d’ouvrir la bouche pour avaler quelque bouffe. Tu couperas ta salade verte en morceau, pour faire durer la longueur du repas, et tu la mâcheras, jusqu’à ce que l’habitude de ne plus rien avoir à digérer te fasse lever le cœur à chaque vue de fourchette s’approchant de tes lèvres. Tu resteras au dessus de la cuvette des toilettes, à genoux, sans être capable d’enfoncer tes doigts au fond de ta gorge et de te faire vomir, de cette nourriture qui rend impropre ton corps gras. Tu simuleras un mal de dents, de ventre, pour ne pas manger chez les autres. Tu ne seras jamais assez maigre.
C’est tout çà, ce qui était ma douce.

J’ai repris une feuille de papier, y ai tracé une nouvelle grille.
Je ne sais pas pour quoi.
Le coeur est lourd, me rappelle l’indifférence de ces heures sans sourire, à feindre le silence, la posture debout qui faisait s’accélérer le pouls, et les veillées le soir, pour se cacher du sommeil, s’épuiser un peu plus, pour tenir encore moins, debout, pour perdre toujours plus. Et j’allais courir, m’entraîner, de trop, toujours de trop, en pensant qu’en faisant plus on ne pouvait faire que mieux, toujours, jusqu’au jour, où l’on va trop loin, où l’on trébuche dans la salle de bain, seule, et on se relève, on va s’allonger, on boit de l’eau, on prend une compote, pesée de cent grammes, qui suffit dans cet état à nous ravigoter… j’ai comme envie de pleurer, quand j’y repense, à cette pente vers le bas, j’ai comme envie de comprendre, ce qui mène à çà... comme envie de saisir, la force des mots qui m’en ont sorti, un peu, « oublie que tu dois plaire, oublie que tu veux plaire, néglige que tu es laide »…
J’ai comme envie de me débarrasser de cette lourdeur, que j’écris, qui dure, qui reste, qui est là, qui ne part pas, qui m’est trop tenace…
J’ai comme envie de savoir pour quoi, Aujourd’hui. 

L'envol du rêve

Les maux surgissent
Alors que la douleur ne se faisait plus attendre
Paroles absurdes, liqueur démente
Les mains jointes et le regard criant
Je crayonne à nouveau une page rouge
Un bracelet blanc, un fermoir cassé
Je l’entends me chuchoter
Ces douces promesses d’un temps
Qui m’y replongent.
Doux appel de ces draps, qui enveloppent le corps et l’enserrent
Projetant à la figure des rêves de légèreté
Son idée me brûle mais son amour me tente
Et l’envol du rêve ne fait que commencer.

dimanche 25 avril 2010

Un dessin sur un tronc d'arbre mort

Il m’arrive de relire ces mots d’hier comme un dessin à peine finit sur un tronc d’arbre mort.
Qui étais-tu ? Toi fou d’une plume, abandonnant son monde en croyant celui d’une folle d’alors bien meilleur. Il est de ces mots qui n’étaient là que pour d’autres, un autre, et les tiens destinés à la gueule du monde, sans prétendu interlocuteur, une fiction apaisante d’un cri de langueur.
Et aujourd’hui la parole se tait, laisse le cri s’éteindre, le papier reste vierge, l’encre sèche, les fenêtres sont fermées. On édite de l’ancien, par manque de renouveau, triste fuite du temps où l’inspiration quitte le poète qui alors meurt, accoudé à un bureau de bois, écorchant son coude passif. On offre les mots à ce monde, qui crache dessus, par faute de réel intérêt, par faute de savoir, tout simplement… J’entends alors l’ignorance qui s’exprime, aucun homme jamais ne m’a touché comme tu l’as fait… et pourtant aucune poétesse sur l’étagère, me semble-t-il…  Sur quel autre modèle se baser ? Aucune femme n’a donc jamais lu quelques fleurs du mal ? Je suis triste, triste de ce monde, triste de ces hommes et de ces femmes qui se taisent et qui inventent alors de quoi réjouir le regard pour ne pas avoir l’impression d’être sans mot.  Se taire, tout simplement, devant ce qui nous dépasse. Le geste touche, le mot lui, trompe et dément. J’idéalise un monde où seul le corps serait parlant, le geste, la langue organe et non plus tracée dans un schéma canonique, entre mesures, césures et rimes… Les mots mentent et je te mens à travers eux, ils te mentent, mon Dieu, voilà que j’allusionne… C’est triste, tout ce monde qui se tait.
Aller au-delà de la simple dénotation… rien ne m ‘a jamais plus touché que tes mots est te mentir, mon homme, mon unique, je suis triste, quand je lis ces mots…
Qui étais-je alors ? Petite fille aux pieds esquintés par des courses folles, la nuit, pour fuir le cauchemar d’un autre éveil, encore… crois-tu nos mains inséparables aujourd’hui ? J’écris et je baliverne une autre histoire, m’inventant en nouvelle héroïne, aspergeant comme hier de gerbe tous ces visages qui ne font que parler sans agir, qui se taisent au fond, qui sourient bêtement sans rien avoir à dire…
 
Ils illustrent le silence.

Je m’enterre dans le paradoxe des doigts qui s’acharnent à écrire, écrire tout le mal qu’ils ressentent envers ces mots… sans homonymie, tout, je vois tout, toutes ces erreurs, plus rien n’est simple, plus rien n’est beau, sans le tout intégré, intégré de connaissances, lire, lire et calculer, les lettres se confondent aux nombres, tu sais, cette pureté, je ne la vois plus nulle part, sur aucune page, chaque mot se tache. C’est triste. Je me tais, te regarde, nous vois hier, tout aussi fous aujourd’hui.
C’était beau, tout ce gris, cette atmosphère de l’être toujours dans le besoin de l’autre, de cette main, pour maintenir la tête, nous nous sommes relevés, je crois, c’est bien, peut-être, j’ai toujours besoin de ta main…