lundi 25 janvier 2010

L'oiseau de laine

J'emprunte un chemin
J'enjambe les arbres déracinés
Ma main est sale de cette liqueur
Qui parsème nos toits de ces cris
Le vide n'existe pas
Je ne crois pas en lui
Je ne crois pas en moi
Juste à mes pieds
Ce livre ouvert
Corné
D'une langue ancienne
Les liens sont ce qui dessinent le ciel
Et ma bouche se ferme sur d'autres rêves
Que je ne trouve pas
Nulle part
En nul endroit
Un verbe
Une parole
Du vent dans les mémoires
Je me plais
J'ai comme ce renouveau de besoin d'elle
Comme cette tendresse
Qui manque à mes bras
Quand seule le soir je relis le livre ouvert
Et n'y vois que traits noirs courant sur du papier
Des promesses d'hier
Pour un demain serein
Les âges radotent
De ne plus rien vivre
Encore
De ne plus rien avoir à raconter d'autre
Que soi, encore
Qui ne se meut plus
Qui semble ne plus voir
Et redis les choses deux fois
Pour être entendu
En avoir l'impression
De vivre encore
De ces choses qui se racontent
Les racines pleurent les arbres
Et les feuilles meurent
Faisant un lit au petit qui sommeille
Il ne se passe pas un jour
Un matin
Une nuit
Sans que les trous de son visage ne me reviennent
Je pense au chien
Et les oiseaux alors sont de laine.

mercredi 13 janvier 2010

Silènes


J'ai ouvert hier, le poing fermé d'un homme
J'y ai trouvé le poison qu'il contenait.
Implacablement on s'y attache,
Sa parole est mensonge et son cœur ne se laisse plus croire.
Pourtant on sourit encore, devant ces belles phrases,
La dissimulation est un bien trop cher.
A l'avenir je sourirai à mon tour, à tous ces poings ne demandant qu'à s'ouvrir à mon passage.
Je danserai même, flatterai, je plairai plus encore, je jouerai.
Puisqu'il n'y a aucun mal.
Le cœur de l'homme est un silène, un baume à tous les maux, non qu'il guérit la douleur en elle-même mais procure d'autres plaisirs, d'autres maux qui nous désencombrent de ceux d'avant.

J'ai ouvert hier le poing fermé d'un homme.
Je sais aujourd'hui que je n'y dois rien attendre.
Maintenant je cherche une religion, pour croire en ce venin que nous sommes.

samedi 2 janvier 2010

Régénérescence


Et nous revoilà partis pour conquérir le monde, pour se persuader que l’on verra enfin la vie avec d’autres yeux, plus émerveillés à la beauté qui règne encore, rarement, par endroits. Plonger dans l’eau gelée en se demandant pourquoi la température de ce corps est si chaude. Regarder la foule et se dire faire partie de çà. Une masse impromptue, difforme et mouvante. Aucun cauchemar ne se fait si l’on ne s’endort pas. D’autres passent encore, sourire aux lèvres, croyant changer ce qu’il reste, le sauver même, ils pensent à demain, oubliant de vivre le jour. Ils pleurent bêtement, incapables de mettre un terme à leur calvaire, devenir une seule et unique fois leur propre dieu, emmerder la terre entière, ne pas vouloir devenir vieux. Et donc ils passent, sans penser, ruminant, chassant de leur tête les idées noires qui se prélassent, ils ne voient pas que le noir c’est eux-mêmes, eux-mêmes se polluant comme deux.  Les arbres remuent leurs branchent, les oiseaux nettoient leurs ailes, de cet air impur que l’on offre aux enfants. L’amour n’est pas perpétuel et d’autres en rient à pleines dents. Il fait froid dehors, les écharpes se plaignent, les sans-abris se couvrent d’un tee-shirt sans couleur, se confortant en peine, ils envient ces écharpent, qui crachent sur eux, flottant au vent, couvrant les nez qui se mouillent, se rougissent, et osent encore punir le froid, embobinés qu’ils sont. Des pieds nus frôlent la neige, qui ne tient pas au sol, ils marchent sur un rêve, saoulés pour contenir leur haine, ne pas faire sauter ce monde, une grenade à la main, à laquelle un doigt manque. Je ne parle pas de pessimisme.  Le chat a miaulé, il ne sait pas que je le laisserai bientôt. Les fenêtres sont fermées et les pigeons copulent. C’est les nouveau-nés que l’on gâte, et après on leur apprend à marcher, et ils tombent, se relèvent, c’est tout là leur pêché. Les poils et les plument volent, c’est l’heure de s’habiller, prendre un bol, le remplir, le déverser, on le boit, le digère, le rejette comme les paroles. Les images manquent à l’appel, les mots se renfrognent. Ils disent leur mal être au travers des sauts de lignes. Le ciel est vert, la boule scintille. Aimer parce qu’il nous reste que çà à faire, pour encore vouloir tenir, vider cette tête de ses angines, les nuages pullulent loin de leur ciel, vert, orange, rouge, et d’autres qui ne se discernent pas, se protègent de nos yeux trompeurs, moqueurs, animaux, qui brisent dès qu’ils touchent et disent après que la vie est fardeau. Ma vérité est que nous sommes le sien, un fardeau qu’elle maintient, contient tant bien que mal, des leçons à apprendre, un réveil qui sonne, une mauvaise conscience qui ronge, une paye qui tombe, elle aussi. Mais le bleu me plaît, le rose aussi. La brume et les oiseaux, le chat qui joue avec son bouchon de liège accroché à une corde à cochon, les plantes inertes qui éclosent le lendemain, les gens parfois, l’alcool, la désinvolture, l’oubli, le je-m’en-foutisme, l’absolu, le rêve, l’imaginaire, les histoires d’elfes, les marrons, les fruits de mer, Paris, l’eau, les montagnes et je compte bien voir la mer.

lundi 28 décembre 2009

Cet ailleurs toujours venant...

Être assaillie
Ventre à terre
Les mains en poussière
Le cœur battu
Voir ailleurs
L’homme et le père
Et cette âme noire
Au fond des yeux
Peu de mots
Car peu de vie
Peu de rires
Que l’on compare aux larmes
Une musique avec des paroles d’autres
Pour combler l’inspiration
Qui semble ailleurs, partie elle aussi
Je ne sais si je serai à la hauteur de mes attentes
Je ne sais pourquoi cette réticence
Une répulsion d’un jour qui s’étend
Aimerais-je le tout ?
L’homme et le père
Le doux et le violent
L’ingratitude et l’entière compréhension
Mes rimes ne sont pas simples
Elles sont inexistantes
Je doute de l’amour, de la force de son chant
Je doute des jours à venir
Mon cœur pleure, je l’entends
Parce qu’un jour il m’a appris à lire
Ce qui  était écrit en dedans
En dedans partout son nom foisonne
Et mes craintes sont l’érosion qui abime la pierre
Les peintures s’en vont
Le sable est blanc
J’aimerai être ce champ battu par les vents
Les centaures grossiers qui parcourent les villes
Les ardeurs profitant de l’absence de bien
Pour projeter en pleine gueule leur venin d’infâme
Ces pourritures de malheur
Ces déchets regrettables
Le regard de malice
Et les doigts agrippant
J’aimerai être la femme
Mais ne suis qu’un substitut d’enfant
Qui parle en singe savant
D’expériences non vécues
D’inconnus voyages
De délires de vieillards
La bouche sèche
Le cœur lourd
Gros lui aussi
Un parallèle sans autre monde
Que celui contre lui demain
Ce sera avec ou sans
Sans ma vie alors
Sans mes rires déjà partant
Dans cet ailleurs
Dans cet ailleurs toujours venant.

mercredi 16 décembre 2009

Gel au dessous du navire

Ici, la neige est la même qu’ailleurs,
Là-bas,
Ses reflets ne sont rien que des battements d’ailes écœurés par le bitume,
La même chaleur dans les sous-sols,
Partout la même pourriture
Alors que les regards parsèment le vide.
La volupté d’un envol au-delà même de cette couche,
Que marquent les pas trop pressés d’une trop large foule.
Un hématome sur le bras, des lèvres ecchymoses
D’un homme que l’on bouscule
De ce sourire qui nargue le froid
Tout ici est fantôme et je me ris de toi.
De ce corps qui s’essouffle,
De cette bouche qui parfume l’air
De ces chants qui ne se retiennent pas.
Je bois l’eau du vase et la vase de cette eau,
J’ai l’âme en fuite et j’en veux au cerveau
De traiter ma mémoire d’inceste parodie.