« Elle avait raison : un enfant gâté n'est pas triste ; il s'ennuie comme un roi.
Comme un chien.
Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s'accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d'une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d'autres fois - le plus souvent – je le sens qui ne passe pas. De tremblantes minutes s'affalent, m'engloutissent et n'en finissent pas d'agoniser ; croupies mais encore vives, on les balaye, d'autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines ; ces dégoûts s'appellent le bonheur ; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c'est vrai ? A mon délaissement je ne pense jamais ; d'abord il n'y a pas de mot pour le nommer ; et puis je ne le vois pas : on ne cesse pas de m'entourer. C'est la trame de ma vie, l'étoffe de mes plaisirs, la chair de mes pensées. Je vis la mort. »
« Décéder, ce n'était pas mourir »
Comme un chien.
Je suis un chien : je bâille, les larmes roulent, je les sens rouler. Je suis un arbre, le vent s'accroche à mes branches et les agite vaguement. Je suis une mouche, je grimpe le long d'une vitre, je dégringole, je recommence à grimper. Quelquefois, je sens la caresse du temps qui passe, d'autres fois - le plus souvent – je le sens qui ne passe pas. De tremblantes minutes s'affalent, m'engloutissent et n'en finissent pas d'agoniser ; croupies mais encore vives, on les balaye, d'autres les remplacent, plus fraîches, tout aussi vaines ; ces dégoûts s'appellent le bonheur ; ma mère me répète que je suis le plus heureux des petits garçons. Comment ne la croirais-je pas puisque c'est vrai ? A mon délaissement je ne pense jamais ; d'abord il n'y a pas de mot pour le nommer ; et puis je ne le vois pas : on ne cesse pas de m'entourer. C'est la trame de ma vie, l'étoffe de mes plaisirs, la chair de mes pensées. Je vis la mort. »
« Décéder, ce n'était pas mourir »
« Il y avait un envers horrible des choses, quand on perdait la raison, on le voyait, mourir c'était pousser la folie à l'extrême et s'y engloutir. Je vécus dans la terreur, ce fut une authentique névrose. Si j'en cherche la raison, il vient ceci : enfant gâté, don providentiel, ma profonde inutilité m'était d'autant plus manifeste que le rituel familial me paraît constamment d'une nécessité forgée. Je me sentais de trop, donc il fallait disparaître. J'étais un épanouissement fade en instance perpétuelle d'abolition. En d'autres termes, j'étais condamné, d'une seconde à l'autre on pouvait appliquer la sentence. Je la refusais, pourtant, de toutes mes forces, non que mon existence me fût chère mais, tout au contraire, parce que je n'y tenais pas : plus absurde est la vie, moins supportable la mort. »
« Confiance et désolation faisaient de mon âme un terrain de choix pour y semer le Ciel. »
« J'avais la larme facile et le cœur dur. »
« J'avais rencontré mes vrais juges, mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me condamnait. »
« Soyez complaisant à vous-même, les autres complaisants vous aimeront ; déchirez votre voisin, les autres voisins riront. Mais si vous battez votre âme, toutes les âmes crieront. »
« Je dresserais des cathédrales de paroles sous l'oeil bleu du mot ciel.
Je bâtirais pour des millénaires. Quand je prenais un livre, j'avais beau l'ouvrir et le fermer vingt fois, je voyais bien qu'il ne s'altérait pas. Glissant sur cette substance incorruptible : le texte, mon regard n'était qu'un minuscule accident de surface, il ne dérangeait rien, n'usait pas. Moi, par contre, passif, éphémère, j'étais un moustique ébloui, traversé par les feux d'un phare ; je quittais le bureau, j'éteignais : invisible dans les ténèbres, le livre étincelait toujours ; pour lui seul. Je donnerais à mes ouvrages la violence de ces jets de lumière corrosifs, et, plus tard, dans les bibliothèques en ruine, ils survivraient à l'homme. (…) En attendant je me séquestrais par anticipation. »
« Louise
l'avait prévenue contre la vie conjugale : après des noces de sang,
c'était une suite infinie de sacrifices, coupée de trivialités
nocturnes. »
« Elle devint la négation pure »
« Je plongeais dans un monde confus, peuplé d'hallucinations simples et de frustres idoles. »
« Une vierge avec tâche »
« Elle devint la négation pure »
« Je plongeais dans un monde confus, peuplé d'hallucinations simples et de frustres idoles. »
« Une vierge avec tâche »
« Il n'y a pas de bon père, c'est la règle ; qu'on n'en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri »
« Ce n'est pas tout de mourir : il faut mourir à temps »
« Il a aimé, pourtant, il a voulu vivre, il s'est vu mourir ; cela suffit pour faire tout un homme »
« Ce
sont des peines d'amour perdue. Ce père n'est pas même une ombre, pas
même un regard. (…) Plutôt que le fils d'un mort, on m'a fait entendre
que j'étais l'enfant du miracle. (…) On ne m'a pas appris
l'obéissance. »
« J'étais trop soucieux d'écouter pour entendre. »
« Jamais le caprice d'un autre ne s'était prétendu ma loi »
« On m'adore, donc je suis adorable. »
« Tous les enfants sont des miroirs de mort »
« A défaut d'enfant, qu'on prenne un caniche »
« Quand on aime trop les enfants et les bêtes, on les aime contre les hommes »
« Je n'ai pas de droit puisque l'amour me comble : je n'ai pas de devoir puisque je donne par amour »
« J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres »
« J'étais trop soucieux d'écouter pour entendre. »
« Jamais le caprice d'un autre ne s'était prétendu ma loi »
« On m'adore, donc je suis adorable. »
« Tous les enfants sont des miroirs de mort »
« A défaut d'enfant, qu'on prenne un caniche »
« Quand on aime trop les enfants et les bêtes, on les aime contre les hommes »
« Je n'ai pas de droit puisque l'amour me comble : je n'ai pas de devoir puisque je donne par amour »
« J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres »
« J'ai confondu le désordre de mes expériences livresques avec le cours hasardeux des évènements réels. De là vint cet idéalisme dont j'ai mis trente ans à me défaire. »
« Je suis homme et rien d'humain ne m'est étranger »
« Tout homme a son lieu naturel ; ni l'orgueil ni la valeur n'en fixent l'altitude : l'enfance décide »
« On finit par entendre des voix et l'on écrit sous la dictée »
« Et puis, j'étais vivant, moi, et fort actif : je ne savais pas encore tronçonner les morts mais je leur imposais mes caprices : je les prenais dans mes bras, je les portais, je les déposais sur le parquet, je les ouvrais, je les refermais, je les tirais du néant pour les y replonger : c'étaient mes poupées, ces hommes-troncs, et j'avais pitié de cette misérable survie paralysée qu'on appelait leur immortalité. »
« Le langage est désenchanté »
« Je retrouvai sans ennui ma solitude : j'aimais mon mal. »
« On pouvait naître condamné ? En ce cas on m'avait menti : l'ordre du monde cachait d'intolérables désordres »
« Ma vérité, mon caractère et mon nom étaient aux mains des adultes ; j'avais appris à me voir par leurs yeux ; j'étais un enfant, ce monstre qu'ils fabriquent avec leurs regrets. »
« La Vérité et la Fable sont une même chose »
« Je confondais mon corps et son malaise : des deux, je ne savais plus lequel était indésirable. »
« C'étaient des êtres. Pas moi: je n'en avais ni l'inertie ni la profondeur ni l'impénétrabilité. J'étais rien : une transparence ineffaçable. »
« Sa place : un néant creusé par l'attente universelle, un ventre invisible d'où, brusquement, il semblait qu'on pût renaître. »
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire