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Si on a la sensation d'être toujours entouré de son âme, ce n'est pas
comme d'une prison immobile; plutôt on est comme emporté avec elle dans
un perpétuel élan pour la dépasser, pour atteindre à l'extérieur, avec
une sorte de découragement, entendant toujours autour de soi cette
sonorité identique qui n'est pas écho du dehors mais retentissement
d'une vibration interne. On cherche à retrouver dans les choses,
devenues par là précieuses, le reflet que notre âme a projeté sur elles,
on est déçu en constatant qu'elles semblent dépourvues dans la nature,
du charme qu'elles devaient, dans notre pensée, au voisinage de
certaines idées; parfois on convertit toutes les forces de cette âme en
habileté, en splendeur pour agir sur des êtres dont nous sentons bien
qu'ils sont situés en dehors de nous et que nous ne les atteindrons
jamais. "
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(ainsi notre cœur change, dans la vie, et c'est la pire douleur; mais
nous ne la connaissons que dans la lecture, en imagination : dans la
réalité il change, comme certains phénomènes de la nature se produisent,
assez lentement pour que, si nous pouvons constater successivement
chacun de ses états différents, en revanche la sensation même du
changement nous soit épargnée.)
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