Comme
un retour aux sources, aux origines. Le 8e arrondissement. Lieu de
ma naissance. J’ai pourtant parfois l’impression d’y mourir à petits feux.
La
première chose à laquelle j’ai pensé ce soir du 11 novembre fut « il est tout seul ». J’ai dû
répéter cette phrase plus d’une dizaine de fois. « Il est tout seul ».
Et
moi cette nuit-là, j’ai fait le choix de le laisser. Tout seul.
Quand
le médecin réanimateur m’a dit au téléphone l’avoir plongé dans un coma agité
et qu’il ne se réveillerait que le lendemain, cela ne m’a pas apaisée. Il était
quand même seul et j’étais loin.
Je
savais que c’était grave, sans pouvoir pour autant l’expliquer.
J’ai
ressenti pour la première fois la plénitude du sens de la solitude.
J’étais
seule, sans lui et sans personne.
Mon
chat était là, allongé sur le canapé. Je me souviens avoir enfouit mon visage
dans ses poils et y avoir sangloté, l’agrippant comme une corde à laquelle
tiendrait ma vie. Son ventre était tout mouillé de mes larmes. Elle ne bougeait
pas.
Et
ce soir, je me suis dit « il ne
rentrera pas ».
Je
pensais que c’était fini, sans pouvoir l’expliquer, je prévoyais déjà quand
ramener mes affaires à Lyon, mon chat, à prévenir la voisine pour qu’elle
vienne arroser mes plantes pendant que je ne serai pas là.
J’ai
su.
Que
ce soir du 11 novembre marquerait une brisure.
J’ai
l’impression d’avoir été projetée à terre d’un immeuble de quinze étages,
violemment, comme l’imitent certaines attractions de fêtes foraines.
Je
n’ai pleuré que les deux premiers jours.
Après
son transfert, le mercredi 13 novembre, à l’hôpital de la Croix-Rousse, chambre
113, je ne me souviens que des aller-retour en métro, de mon père qui m’emmenait
et revenait le soir me chercher en voiture à la gare de Vaise. Je me souviens
la fatigue, les maux de tête et les heures interminables passées au téléphone
avec sa famille et amis proches.
Le
Dr F. m’avait prescrit du Xanax pour arrêter mes crises d’angoisse. Je
tremblais de tous mes membres et je claquais des dents comme en plein hiver.
La
nuit, j’avais peur que le téléphone sonne. Depuis, j’ai toujours peur quand il
sonne. J’ai surtout peur quand je l’appelle et qu’il ne répond pas.
Depuis
ce soir, j’ai toujours un creux dans
le ventre, comme un vide. J’étais pourtant sereine lorsqu’il était à l’hôpital.
Et surtout, où que je sois, avec qui que je sois, je me sens seule. J’ai
parfois envie de pleurer, mais je ne pleure pas.
« Il faut être
forte ».
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