Je
me suis couchée il y a une heure, vers 22h environ.
Il
digère mal sa quiche lorraine. Il râle et se rendort aussi sec. Parfois il se
gratte le front ou sa jambe tressaute. J’ai toujours peur qu’il ne refasse une
crise d’épilepsie.
Ce
soir, je n’ai encore pas réussi à m’endormir. Je me sens pourtant complètement éreintée.
Ce
matin, mon partiel s’est bien passé. Sur Proust et la Charité de Giotto.
-
C’était
vraiment très bien, je n’ai pas besoin de faire d’effort pour vous mettre une
bonne note, ce n’est pas du tout une note de complaisance.
-
Tant
mieux.
Je
suis ensuite passé chez mes parents. Mon père semble terriblement fatigué et
anxieux. Ma mère a mal, toujours ses douleurs dans le bas du ventre. Je trouve
qu’elle a beaucoup maigri. Tous les deux parlent peu. On a démonté le sapin.
Laeti était là. On a tiré les rois.
Et
ce soir dans ce lit, Hicham ronflant à demi-endormi à mes côtés, je me sens
indiciblement terrifiée.
J’ai
peur de fermer les yeux et de m’endormir trop profondément au cas où il lui
arrive quelque chose.
Je
crois en fait que depuis plus de deux mois maintenant je n’ai plus vraiment
dormi. Cela expliquerait sans doute mon état de fatigue physique continuel et
ma relative agressivité.
Ce
soir, j’ai comme le vertige et la tête qui tourne. J’ai sans doute encore trop
lu, mes yeux sont rouges.
Pourtant,
quand je suis au salon comme maintenant et lui dormant dans la chambre, je me
sens comme en sécurité. Je l’entends de loin, ronfler et respirer, et je me dis
qu’il dort, qu’il va bien. Et qu’un jour il se peut que je regrette ce temps
passé loin de lui qui dort dans la chambre, moi au salon sur le canapé. Qu’un
jour je n’aurais plus le choix de l’endroit où aller pour fuir cette terreur.
Qu’un jour je m’en voudrais de ne pas être restée près de lui, à le veiller, le
regarder dormir. J’ai tout simplement peur du jour où il n’y aura plus
personne, où il ne sera plus là, à s’agiter, ronfler, respirer, jusqu’à m’en
empêcher de dormir.
J’ai
sommeil.
Je
rêve comme le dit Mallarmé d’un « lourd sommeil sans songe ».
Je
crois qu’en ce moment je ne me sens bien que toute seule. Comme n’ayant
personne à qui confier mon angoisse. Comme n’appartenant plus à cette vie
banale à laquelle tous appartiennent encore.
D’autres,
qui le pourraient, ayant leurs propres fardeaux.
De
nouveau, comme autrefois.
Un
livre, un cahier, un stylo et moi. Mon chat a, depuis, remplacé mon chien.
Ce
soir, l’envie de flamands roses est un effort qui me parait hors d’atteinte.
C’est
comme cette pensée tout à l’heure dans le métro.
Si
je m’assoie sur ce siège libre, vacant, aurais-je seulement la force de me
relever ?
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