lundi 13 janvier 2014

Cancer 4



Je me suis couchée il y a une heure, vers 22h environ.
Il digère mal sa quiche lorraine. Il râle et se rendort aussi sec. Parfois il se gratte le front ou sa jambe tressaute. J’ai toujours peur qu’il ne refasse une crise d’épilepsie.

Ce soir, je n’ai encore pas réussi à m’endormir. Je me sens pourtant complètement éreintée.

Ce matin, mon partiel s’est bien passé. Sur Proust et la Charité de Giotto.
-        C’était vraiment très bien, je n’ai pas besoin de faire d’effort pour vous mettre une bonne note, ce n’est pas du tout une note de complaisance.
-        Tant mieux.
Je suis ensuite passé chez mes parents. Mon père semble terriblement fatigué et anxieux. Ma mère a mal, toujours ses douleurs dans le bas du ventre. Je trouve qu’elle a beaucoup maigri. Tous les deux parlent peu. On a démonté le sapin. Laeti était là. On a tiré les rois.

Et ce soir dans ce lit, Hicham ronflant à demi-endormi à mes côtés, je me sens indiciblement terrifiée.

J’ai peur de fermer les yeux et de m’endormir trop profondément au cas où il lui arrive quelque chose.
Je crois en fait que depuis plus de deux mois maintenant je n’ai plus vraiment dormi. Cela expliquerait sans doute mon état de fatigue physique continuel et ma relative agressivité.

Ce soir, j’ai comme le vertige et la tête qui tourne. J’ai sans doute encore trop lu, mes yeux sont rouges.
Pourtant, quand je suis au salon comme maintenant et lui dormant dans la chambre, je me sens comme en sécurité. Je l’entends de loin, ronfler et respirer, et je me dis qu’il dort, qu’il va bien. Et qu’un jour il se peut que je regrette ce temps passé loin de lui qui dort dans la chambre, moi au salon sur le canapé. Qu’un jour je n’aurais plus le choix de l’endroit où aller pour fuir cette terreur. Qu’un jour je m’en voudrais de ne pas être restée près de lui, à le veiller, le regarder dormir. J’ai tout simplement peur du jour où il n’y aura plus personne, où il ne sera plus là, à s’agiter, ronfler, respirer, jusqu’à m’en empêcher de dormir.
J’ai sommeil.
Je rêve comme le dit Mallarmé d’un « lourd sommeil sans songe ».

Je crois qu’en ce moment je ne me sens bien que toute seule. Comme n’ayant personne à qui confier mon angoisse. Comme n’appartenant plus à cette vie banale à laquelle tous appartiennent encore.
D’autres, qui le pourraient, ayant leurs propres fardeaux.

De nouveau, comme autrefois.
Un livre, un cahier, un stylo et moi. Mon chat a, depuis, remplacé mon chien.

Ce soir, l’envie de flamands roses est un effort qui me parait hors d’atteinte.

C’est comme cette pensée tout à l’heure dans le métro.
Si je m’assoie sur ce siège libre, vacant, aurais-je seulement la force de me relever ?


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