dimanche 12 janvier 2014

Cancer 3



Ce soir, je ne trouve plus aucun sens à tout ce que je fais.
Il n’y a aucun sens à me nourrir, à réviser mon partiel de demain, aucun sens à écrire ces lignes. Il n’y a aucun sens et pourtant je le fais quand même, comme s’il fallait à tout prix que persiste un peu de cette vie banale qui était la mienne et que j’ai perdue.

Sans savoir qu’un jour, cette vie minuscule me manquerait.

Il faut que je m’impose des devoirs d’être vivant, manger, dormir, me laver, être une bonne étudiante pour avoir un bon job, me convaincre de faire du sport, de sortir, pour me donner une chance d’aller mieux, de me leurrer en pleine conscience d’un retour de cette vie banale à jamais achevée.
Pourtant, il le faut bien. « Il faut être forte ».
Alors aujourd’hui, j’ai pris une douche, j’ai mangé, j’ai révisé mon partiel de demain et j’écris, en attendant de voir un psy qui m’aidera à me fondre dans le moule des vies ordinaires.

Pourtant, comble de l’ironie, la vie continue à m’aveugler de ses phares. Il persiste en moi des envies. De flamands roses aujourd’hui. De longues balades en trottinette dans le Parc. De raclette. De plantes. De chiens et chats.
Je suis en train de lire Joyce Carol Oates, J’ai réussi à rester en vie.

Je me sens un peu épuisée ce soir, j’ai sûrement trop lu.
Dans la chambre à côté, il dort, je l’entends qui ronfle. Parfois, souvent, il gémit. Et je me sens coupable d’être là, en bonne santé, avec mes devoirs futiles, mes envies de raclette et de flamands roses.

Je suis celle qui survivra à l’autre, celle que tiraillera alors le manque, l’absence, le chagrin sans fond. Je suis aujourd’hui celle qui doit le convaincre de se battre pour vivre, alors que cette vie-là m’abat.
Je dois le convaincre de manière égoïste, pour que ce jour où je serai « celle qui survivra à l’autre » arrive le plus tard possible.

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