Cette
nuit encore, je ne dors pas.
Je
me suis couchée vers 22h30. Il est 00h10.
Hicham
s’est relevé. Il vomit.
On
a tiré les rois ensemble, tous les deux. C’est sans doute la galette qui n’est
pas passée. Il est tombé sur la fève. C’est lui le roi.
Je
me demande si la vie peut redevenir comme avant, après ça.
Cet
après-midi, il se sentait plutôt bien.
On
est allé à la médiathèque de Bachut. J’y ai emprunté des livres sur les plantes
d’intérieur. Ça me plait, cette idée de meubler notre nouvel appartement de
plantes.
Les
plantes, elles, je peux les maintenir en vie.
Il
ne tient qu’à moi de bien m’en occuper, les arroser selon leurs besoins, leur
donner de l’engrais quand c’est nécessaire.
Mon
stylo écrit mal aujourd’hui, comme s’il laissait couler l’encre au
compte-gouttes.
Quand
j’essaie de dormir, j’entends mon cœur qui bat, il résonne fort dans mes
oreilles, dans mes tempes. Je le sens battre partout dans mon corps, ma
poitrine, ma tête, mes bras. Partout. Et mon cerveau est tout le temps en train
de penser, comme toujours sur le qui-vive, s’interdisant l’arrêt total de son
fonctionnement ou ne se l’autorisant que sous forme de veille, l’espace d’un
assoupissement d’une petite heure.
C’est
bien de ce manque de sommeil que je tire cette continuelle fatigue physique,
mes crampes aussi peut-être et certaines courbatures ou douleurs fantômes
musculaires très sûrement.
Sans
compter mes yeux, rouges, exorbités, gonflés.
Cette
nuit encore, je fais l’expérience de l’impuissance la plus totale. Je suis là,
auprès de lui qui a mal, et je ne peux rien faire. Rien. Si ce n’est attendre
que ça passe. M’éloigner lâchement de lui, pour n’entendre que de loin ses
râles, en pensant sûrement à tort l’aider ainsi à maintenir une petite part de
dignité en laquelle je crois l’y être attaché.
Le
pire dans les insomnies c’est que le corps et l’esprit sont tellement épuisés
tous les deux que pas un ne permet une quelconque occupation, distraction.
La
lecture brûle les yeux, l’écriture aussi, mais moins, c’est davantage
supportable.
Il
me reste le choix des somnifères. Je ne sais pas où je les ai mis.
A
force de ne pas dormir, la mal de crâne devient un locataire permanent. On ne
le sent presque plus, pourtant, il alourdit tellement la tête qu’on ne peut l’oublier
et qu’on sait qu’il est là.
J’ai
peur qu’il renonce. Qu’il abandonne.
C’est
fou comme dans la vie rien ne se passe à la manière dont on le prévoit.
J’ai
mis le noyau de l’avocat que j’ai mangé ce midi dans de l’eau. On verra s’il
pousse.
C’est
fou aussi comme on peut avoir besoin de sources de vie, d’êtres vivants quels
qu’ils soient, quand on a compris le compte à rebours qui mène à la mort.
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